Le Conseil national suisse s'est lancé dans un long débat sur l'avenir du nucléaire dans le pays. Depuis près de onze heures, les élus s'écharpent sur l'examen de l'initiative Stop Blackout et du contre-projet élaboré par le Conseil fédéral. La séance, qui devait en principe se terminer à dix-neuf heures, pourrait être prolongée tant les discussions se révèlent fournies et les positions tranchées.
Les deux textes en discussion proposent de lever l'interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, une interdiction qui avait été adoptée par le peuple suisse en 2017. Il s'agit donc de revenir sur une décision populaire récente et de rouvrir la porte à la construction de nouvelles installations, un sujet qui ravive les débats sur la politique énergétique du pays.
Le Conseil des Etats a déjà adopté le contre-projet au mois de mars, ce qui place désormais le Conseil national au centre du jeu. Au National, le vote s'annonce particulièrement serré, et c'est le centre qui devrait jouer les arbitres. Une partie du centre se montre réticente à l'idée de nouvelles centrales, ce qui rend l'issue du scrutin incertaine.
Les opposants au nucléaire au sein du centre ont argumenté sur les défis logistiques, sur les risques sécuritaires, ainsi que sur la concurrence que de nouvelles centrales représenteraient pour les énergies renouvelables. En face, la droite et l'autre partie du centre insistent sur la nécessité de s'ouvrir à toutes les technologies possibles afin d'assurer l'approvisionnement du pays en électricité, une position également défendue par le Conseil fédéral.
La question du financement occupe une place centrale dans les échanges. Selon les chiffres avancés durant le débat, une centrale nucléaire coûterait environ vingt-cinq milliards de francs, ce qui porterait à une cinquantaine de milliards le coût de deux centrales pour la Suisse. Pour les opposants, ces montants justifient pleinement de demander des éclaircissements, d'autant qu'ils dépassent largement l'enveloppe évoquée dans d'autres dossiers comme celui des avions de chasse.
Au terme de ce long débat, c'est finalement un renvoi qui l'a emporté. Le Conseil national a décidé de renvoyer le dossier au Conseil fédéral, se donnant ainsi du temps avant de trancher. Une partie des opposants au nucléaire avait justement plaidé pour ce renvoi afin d'obtenir des clarifications sur le financement, jugeant nécessaire de savoir dans quelle mesure l'Etat pourrait contribuer au coût d'éventuelles nouvelles centrales. La décision sur la levée de l'interdiction de construire est donc reportée.
Le débat se prolonge aussi sur les ondes, avec des invités aux positions opposées. Florian Casser, spécialiste des questions nucléaires chez Greenpeace Suisse, met en avant le coût considérable d'un tel programme et estime légitime de poser la question du financement. De son côté, Pauline Blanc, membre du comité d'initiative Stop Blackout et vice-présidente des jeunes PLR suisses, reproche au centre un manque de courage politique et regrette l'absence de position claire en matière de nucléaire.
