Au lendemain de la grande manifestation contre le G7 organisée à Genève, c'est désormais l'intervention policière qui domine les débats. En fin de cortège, la police a procédé à une nasse, une opération d'encerclement qui a retenu environ deux cents personnes pendant plusieurs heures. Les dernières d'entre elles n'ont été libérées que vers six heures du matin, suscitant une vive polémique sur la manière dont l'ordre a été maintenu.
Parmi les personnes prises au piège dans cette nasse figuraient des mineurs, des touristes, des journalistes ainsi qu'une majorité de manifestants se présentant comme pacifiques. Plusieurs d'entre eux ont décrit des conditions difficiles, dénonçant l'absence d'eau, l'impossibilité d'accéder à des toilettes et de longues heures passées dans le froid, avec un accès très limité aux besoins les plus élémentaires.
La coalition NOG7, à l'origine du rassemblement, a dénoncé une opération policière qu'elle qualifie d'inqualifiable. Du côté des forces de l'ordre, on défend au contraire la mesure, estimant que ce confinement était nécessaire pour prévenir de nouveaux débordements, après une fin de cortège marquée par des affrontements et des actes de casse attribués à des black blocs.
La conseillère d'Etat en charge de la sécurité, Caroline Cast, a pris la défense du dispositif. Dans une interview publiée par le journal Le Temps, elle a estimé que le maintien de l'ordre avait été proche de la perfection et qualifié l'action de très proportionnée, jugeant la dissolution du cortège justifiée. Elle a par ailleurs considéré que, le G7 n'étant pas terminé, ce n'était pas le moment de tirer des conclusions.
Cette lecture est partagée à droite de l'échiquier politique. L'UDC a relevé un sans-faute en félicitant une police ayant su tenir tête avec calme et fermeté aux casseurs, tandis que le PLR a salué le professionnalisme des forces de l'ordre. La gauche livre toutefois un récit diamétralement opposé, le Parti socialiste genevois parlant d'une opération inacceptable dans un Etat de droit et dénonçant une privation de liberté collective.
Pour le Parti socialiste, les actes d'une minorité ne sauraient justifier une telle mesure, et le parti exige des comptes ainsi qu'un bilan complet sur la légalité et la proportionnalité de cette nasse. La pression est encore montée d'un cran lorsque le syndicat des services publics, le SSP, a qualifié les propos de la magistrate de provocation et a appelé purement et simplement à la démission de Caroline Cast.
Le témoignage de personnes prises dans la nasse a alimenté la controverse. Une journaliste de la RTS, présente pour couvrir la manifestation, a elle aussi été retenue durant la nuit. Un organisateur a raconté avoir été encerclé alors qu'il rangeait le matériel, puis interpellé et fouillé sans qu'aucune question ne lui soit posée, avant d'être relâché au petit matin. Pour ses détracteurs, l'opération envoie le signal que manifester pacifiquement à Genève serait devenu risqué.
