Jean Ziegler, l'une des figures les plus marquantes de la gauche suisse, s'est éteint à l'âge de 92 ans. Sociologue, ancien conseiller national et ancien rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, il laisse derrière lui le souvenir d'un engagement sans relâche, qui lui vaut aujourd'hui des hommages venus de tout l'échiquier politique.
Jusqu'au bout, Ziegler n'aura rien renié de ses combats. Marxiste convaincu, il a continué à défendre le régime cubain malgré la pauvreté du pays, et il est resté fidèle à la figure de Che Guevara. Ses proches décrivent un homme complexe et engagé, un marxiste qui croyait pourtant en Dieu, l'une des nombreuses contradictions qui auront jalonné sa vie.
Ses innombrables combats étaient liés à une famille politique, le parti socialiste, et à des camarades sur lesquels il a laissé une empreinte profonde. Tout au long de son parcours, Jean Ziegler a cherché à relier la réflexion intellectuelle au combat social mené concrètement sur le terrain, une démarche qui aura façonné son image publique.
Le conseiller national genevois Carlos Sommaruga a souligné que Ziegler avait su lier la réflexion intellectuelle au combat social de terrain, en s'associant aux leaders de la lutte anticoloniale et aux mouvements révolutionnaires. C'est ce lien entre la réflexion et la pratique, a-t-il estimé, qui a fait de lui une référence, voire un véritable phare.
Loïc Dobler, élu jurassien fraîchement arrivé au Parlement fédéral, a confié avoir lui aussi été très fortement marqué par l'ancien rapporteur spécial de l'ONU. Il a décrit une personnalité profondément engagée, qui n'avait pas peur de mener ses combats même lorsqu'ils déplaisaient, et qui n'avait pas peur des puissants, défendant ses fortes convictions sans relâche.
À l'autre bout de l'échiquier politique, le tribun Christoph Blocher, qui ne partageait pourtant pas ses idées, lui reconnaît quelques points d'accord. Il concède que Ziegler n'avait pas totalement tort dans sa critique des banques, au vu de ce qui s'est passé avec Credit Suisse, tout en ajoutant qu'il avait selon lui exagéré, ce qu'il dit lui avoir toujours répété.
Pour le réalisateur Nicolas Wadimoff, ancien élève de Jean Ziegler, sa disparition juste avant le sommet du G7 ressemble à une dernière ironie, comme un ultime pied de nez à l'establishment et aux grands puissants de ce monde. De Thoune à Russin, ceux qui l'ont connu s'accordent sur un point: Jean Ziegler restera, à leurs yeux, un combattant éternel.
