L'enquête française sur les ramifications du réseau de Jeffrey Epstein prend une nouvelle ampleur. La procureure de Paris, Laure Beccuau, a révélé dimanche 17 mai qu'une dizaine de nouvelles victimes présumées du criminel sexuel américain se sont manifestées auprès du parquet. Au total, ce sont désormais une vingtaine de personnes qui se sont signalées depuis l'ouverture de cette procédure, dont certaines résident à l'étranger. Cette annonce marque une étape significative dans un dossier qui continue de s'élargir, plus de six ans après la mort d'Epstein dans sa cellule new-yorkaise en août 2019.
Le parquet de Paris a ouvert une large enquête pour traite des êtres humains à la suite de la publication par le gouvernement américain de milliers de fichiers appartenant au financier décédé. L'objectif principal de cette procédure est d'identifier les individus qui auraient pu faciliter les crimes d'Epstein sur le territoire français, notamment en lui fournissant ses victimes. La France, où Epstein possédait un appartement au 22 avenue Foch à Paris, constitue l'un des terrains d'investigation les plus importants en dehors des États-Unis.
Interrogée sur RTL et Public Sénat, la procureure Beccuau a détaillé l'état d'avancement de l'enquête. « Aucune des personnes susceptibles d'être mises en cause n'a été entendue » jusqu'à présent, a-t-elle précisé, indiquant que les investigations se concentrent pour l'instant sur le recueil de témoignages et l'analyse de preuves matérielles. Cette déclaration suggère que la phase d'audition des suspects n'interviendra qu'à un stade ultérieur, une fois la cartographie complète du réseau établie.
Parmi les victimes déjà identifiées, certaines étaient connues au titre de deux affaires connexes qui ont marqué la chronique judiciaire française. Il s'agit de victimes de Jean-Luc Brunel, agent de mannequins mis en examen pour viol sur mineurs avant de se suicider en détention en février 2022, ainsi que de victimes présumées de Gérald Marie, ancien dirigeant de la prestigieuse agence de mannequins Elite, visé par plusieurs plaintes. Ce dernier a nié publiquement les faits par le biais de son avocate. Ces deux hommes figuraient dans l'orbite directe d'Epstein et sont soupçonnés d'avoir joué un rôle d'intermédiaires dans son réseau d'exploitation.
Les enquêteurs disposent désormais d'un matériel considérable pour faire avancer leurs investigations. « Nous avons ressorti l'ordinateur de M. Epstein, sa téléphonie, ses carnets d'adresses », a déclaré Laure Beccuau, précisant que ces éléments font l'objet de nouvelles analyses. La procureure a également annoncé que des demandes d'entraide internationale seront formulées, soulignant la dimension transnationale de cette affaire qui implique des victimes et des protagonistes répartis sur plusieurs continents.
La stratégie du parquet apparaît clairement méthodique. « C'est quand on aura complété notre connaissance des relations d'Epstein avec les autres protagonistes de son réseau en France que nous entendrons les mis en cause », a expliqué la procureure. Cette approche prudente témoigne de la volonté de construire un dossier solide avant toute confrontation avec d'éventuels suspects, dans une affaire où les enjeux judiciaires et médiatiques sont considérables.
La publication des fichiers Epstein par l'administration américaine a constitué un tournant décisif pour l'enquête française. Ces documents, qui comprennent des correspondances, des registres de vols et des listes de contacts, permettent aux magistrats parisiens de reconstituer les séjours du milliardaire en France et d'identifier les personnes qui gravitaient autour de lui. L'élargissement du nombre de victimes identifiées témoigne de l'efficacité de cette démarche et de la libération progressive de la parole.
Cette avancée de l'enquête intervient dans un contexte où la justice française fait face à des attentes croissantes en matière de lutte contre les réseaux d'exploitation sexuelle. Avec une vingtaine de victimes désormais identifiées et un arsenal de preuves numériques en cours d'exploitation, le volet français de l'affaire Epstein entre dans une phase déterminante. Les prochains mois pourraient voir les premières auditions de suspects et, potentiellement, des mises en examen qui éclaireraient enfin l'étendue de la complicité dont bénéficiait le prédateur sexuel sur le sol français.
