Le debat autour de la loi d'urgence agricole s'intensifie en France, alors que les agriculteurs reclament des mesures concretes pour assurer la souverainete alimentaire du pays. Les parlementaires sont appeles a faire preuve de serieux face a une crise qui menace l'avenir meme de l'agriculture francaise, confrontee a des defis multiples allant du changement climatique aux pressions economiques.
Un rapport parlementaire recemment publie a revele que les grandes enseignes de distribution realisent des marges abusives au detriment des agriculteurs. Cette revelation a relance le debat sur le rapport de force defavorable aux producteurs dans la chaine alimentaire, un probleme structurel que la loi d'urgence tente d'adresser sans pour autant satisfaire l'ensemble des acteurs du secteur.
Les temoignages d'agriculteurs illustrent l'ampleur de la crise. Certains eleveurs ne peuvent plus ni abreuver ni nourrir leurs animaux en raison de la rarefaction des ressources en eau. Apres trois annees consecutives sans revenus et une quatrieme annee ou les charges explosent en raison du conflit en Iran, le risque de disparition de pans entiers de l'agriculture francaise est devenu bien reel.
La question du stockage de l'eau cristallise les tensions. Les experts soulignent qu'il existe plusieurs formes de stockage, certaines ayant des effets pervers comme le rechauffement de l'eau et la proliferation de cyanobacteries. En revanche, les impluviums qui recuperent l'eau de pluie dans des bassines, eventuellement couverts de panneaux solaires pour limiter l'evaporation, representent des solutions constructives qui meritent d'etre explorees.
Des initiatives privees tentent de repondre a la crise. Un fonds filiere reunissant Kering, Hippopotamus et Auchan a ete devoile lors d'un forum recent, destine a financer l'elevage en agroforesterie. Si ce projet ne concerne pour l'instant que vingt-cinq fermes, l'objectif est d'aller bien au-dela, l'agroforesterie etant consideree comme un moyen de survie pour l'elevage.
Les critiques pointent que la loi d'urgence pousse vers davantage d'agro-industrie qui ne sera pas forcement competitive face a la Chine ou a d'autres pays producteurs. La question fondamentale est de savoir si la France cherche a rivaliser sur les couts avec des concurrents imbattables ou si elle invente un modele adapte aux besoins changeants du pays, incluant une diversite de productions sur l'ensemble des territoires.
Le message des agriculteurs, porte depuis la mobilisation des tracteurs a Paris le 13 janvier dernier, reste clair : les parlementaires doivent donner un cap a l'agriculture francaise pour qu'elle soit toujours capable de repondre aux consommateurs et d'assurer la souverainete alimentaire. Sans une prise de conscience rapide et des mesures a la hauteur des enjeux, le risque est grand que la France perde une partie de son patrimoine agricole.
