La cour d'appel de Paris a rendu ce mercredi 21 mai 2026 un verdict historique en déclarant Air France et Airbus coupables d'homicide involontaire dans l'affaire du crash du vol AF447. Le 1er juin 2009, l'avion assurant la liaison entre Rio de Janeiro et Paris s'était abîmé dans l'océan Atlantique, entraînant la mort des 228 personnes à bord. Il s'agit de la pire catastrophe aérienne de l'histoire de France. La cour a estimé que les deux entreprises étaient « seules et entièrement responsables » du drame, selon les informations rapportées par TV5 Monde Info.
Ce verdict infirme le jugement de première instance prononcé en 2023, qui avait acquitté les deux sociétés. À l'époque, cette décision avait provoqué l'indignation des familles des victimes, qui réclamaient justice depuis plus d'une décennie. La cour d'appel a cette fois retenu la responsabilité pénale des deux entreprises, mettant fin à dix-sept années de bataille judiciaire. Chacune des deux sociétés a été condamnée à une amende de 225 000 euros, soit le montant maximum prévu par la loi pour les personnes morales reconnues coupables d'homicide involontaire.
S'agissant d'Air France, la cour a jugé que la compagnie aérienne aurait dû mieux former ses pilotes face aux situations de perte de vitesse en haute altitude. L'enquête technique menée par le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) avait révélé que l'équipage avait été confronté à des informations de vitesse incohérentes et n'avait pas su réagir de manière adéquate à la situation de décrochage aérodynamique qui s'en était suivie. Les magistrats ont considéré que des lacunes dans la formation constituaient une faute caractérisée ayant contribué directement à l'accident.
Concernant Airbus, la cour a retenu que le constructeur aéronautique aurait dû mieux traiter les défaillances techniques connues liées au givrage des sondes Pitot. Ces capteurs, essentiels pour mesurer la vitesse de l'appareil, avaient été obstrués par des cristaux de glace lors de la traversée d'une zone de turbulences, provoquant la déconnexion du pilote automatique et l'affichage de données erronées dans le cockpit. Plusieurs incidents similaires avaient déjà été signalés sur d'autres vols avant la catastrophe, mais Airbus n'avait pas pris les mesures correctives suffisantes pour remédier à ce problème connu.
Airbus a annoncé son intention de se pourvoir en cassation devant la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français. Ce recours ne suspendra pas la condamnation, mais pourrait aboutir à une annulation du verdict si la Cour estime que des erreurs de droit ont été commises par la cour d'appel. Pour les familles des 228 victimes, ce verdict représente néanmoins une étape majeure dans leur quête de reconnaissance des responsabilités. Après dix-sept ans de procédures, la justice française a pour la première fois désigné des coupables dans cette tragédie qui avait profondément marqué le monde de l'aviation civile.
