La canicule qui revient sur la France s'accompagne d'une ruée sur les climatiseurs et révèle une autre réalité: pour se rafraîchir, la France, comme l'ensemble de l'Europe, dépend très largement de l'Asie. Avec plus de 35 degrés attendus ce lundi jusque dans la capitale, la demande d'appareils de climatisation grimpe fortement et met sous tension toute une filière.
Les deux premières vagues de chaleur de l'année, aux mois de mai et de juin, ont mis en évidence le faible équipement du continent en climatisation. En Europe, un foyer sur cinq seulement dispose d'un système de climatisation, contre neuf sur dix aux États-Unis et dans certains pays d'Asie.
Depuis le mois de mai, et plus encore en juin, la demande a bondi. Chez les Mousquetaires, dans les enseignes Intermarché et Bricomarché, près de 100 000 ventilateurs et climatiseurs ont été vendus en une seule semaine pendant la vague de chaleur de juin. Fait nouveau, les climatiseurs se vendent désormais davantage que les ventilateurs.
Cette ruée a provoqué des ruptures de stock. La semaine dernière, des scènes spectaculaires ont été observées chez Lidl et Aldi, où des clients se sont arraché des climatiseurs vendus à bas prix. Le réapprovisionnement des magasins, lui, se heurte à la géographie de la production, très concentrée en Asie.
L'Europe dépend en effet très largement de l'Asie pour ses climatiseurs. La Chine représente à elle seule 40% des exportations mondiales. Pour la France, la dépendance est encore plus marquée: 60% des appareils importés viennent de Chine, 13% de Corée du Sud et 9% de Thaïlande, soit 82% du total. En ajoutant le Japon et d'autres pays de la région, la part atteint même 95%.
Lorsqu'une vague de chaleur frappe l'Europe, tout le monde se tourne donc vers les mêmes usines et la même chaîne logistique, ce qui explique les tensions d'approvisionnement. L'essentiel des appareils arrivant par fret maritime, les délais de livraison s'allongent. Il existe bien quelques marques françaises, comme Airwell ou Atlantique, mais certaines dépendent elles aussi de l'Asie pour leurs composants et une partie de leur production.
Le marché, lui, explose. Estimé à un peu plus de 160 milliards de dollars il y a encore quatre ans, le marché mondial de la climatisation dépasse aujourd'hui 200 milliards et pourrait de nouveau doubler d'ici 2035 pour franchir les 360 milliards de dollars. En France, il a quasiment doublé en un an, passant de 67 à 130 millions d'euros, une croissance qui profite surtout aux industriels asiatiques.
Au-delà des chiffres, la climatisation glisse peu à peu du statut d'équipement de confort, presque de luxe, à celui d'enjeu de santé publique, dans les hôpitaux, les EHPAD ou les écoles. Après les masques pendant le Covid, puis les panneaux solaires et les batteries, elle met en lumière une nouvelle dépendance industrielle de l'Europe à l'égard de l'Asie.
