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Canal+ menace de rompre avec les signataires d'une tribune dénonçant l'emprise de Bolloré sur le cinéma français

Canal+ menace de rompre avec les signataires d'une tribune dénonçant l'emprise de Bolloré sur le cinéma français

Le patron de Canal+ annonce que le groupe ne travaillera plus avec les professionnels du cinéma ayant signé une tribune contre l'influence de Vincent Bolloré, provoquant une onde de choc à Cannes.

La menace a fait l'effet d'une bombe dans le monde du cinéma français. Le patron de Canal+ a annoncé ce samedi que le groupe ne travaillerait plus avec les signataires d'une tribune dénonçant « l'emprise grandissante » de Vincent Bolloré sur l'industrie cinématographique. Cette décision, rendue publique en plein Festival de Cannes, constitue une escalade sans précédent dans le bras de fer qui oppose le milliardaire breton à une partie de la création française.

La tribune en question, publiée quelques jours plus tôt, rassemblait des dizaines de professionnels du septième art — réalisateurs, producteurs, acteurs et techniciens — qui alertaient sur ce qu'ils qualifient d'emprise de l'extrême droite sur les médias et la culture en France. Les signataires pointaient notamment le rôle de Canal+, premier financeur du cinéma français, comme levier d'influence politique au service des idées défendues par le groupe Bolloré. Un texte perçu par la direction du groupe comme une attaque frontale contre son indépendance éditoriale.

« Nous ne pouvons pas continuer à financer des gens qui nous insultent publiquement. C'est une question de cohérence et de dignité », aurait déclaré le dirigeant de Canal+ selon plusieurs sources proches du dossier. Cette position tranchée soulève des questions fondamentales sur la liberté d'expression dans le secteur culturel et sur les rapports de force entre un financeur dominant et les créateurs qui dépendent de ses investissements.

L'annonce a immédiatement provoqué des réactions en cascade sur la Croisette. Au Festival de Cannes, le logo de Canal+ a été hué lors de plusieurs projections, signe d'un malaise profond au sein de la profession. Des spectateurs et des professionnels ont boudé ostensiblement les séances précédées par l'habillage du groupe, transformant chaque projection en tribune politique. Cette contestation visible témoigne de la fracture qui traverse désormais l'ensemble de l'écosystème cinématographique français.

Canal+ représente à lui seul une part considérable du financement de la production française, à travers ses obligations d'investissement et ses préachats de films. La menace de blacklister les signataires de la tribune place de nombreux professionnels devant un dilemme cornélien : défendre leurs convictions au risque de compromettre leur carrière, ou se taire pour préserver leurs relations commerciales avec le premier diffuseur payant du pays. Plusieurs producteurs indépendants ont exprimé en privé leur inquiétude face à ce qu'ils perçoivent comme une forme de représailles.

« On assiste à une tentative d'intimidation inédite dans l'histoire du cinéma français. Un financeur qui dit ouvertement qu'il punira ceux qui le critiquent, c'est la définition même de la censure économique », a réagi un réalisateur présent à Cannes, sous couvert d'anonymat. Du côté des défenseurs de Canal+, on fait valoir que le groupe est libre de choisir ses partenaires et que la tribune constituait une provocation inacceptable visant personnellement Vincent Bolloré.

Cette crise intervient dans un contexte plus large de tensions entre le groupe Bolloré et le monde culturel français. Depuis plusieurs années, les acquisitions successives de médias par l'homme d'affaires — de CNews à Europe 1, en passant par Hachette et désormais le contrôle renforcé de Canal+ — nourrissent les critiques sur une concentration médiatique jugée dangereuse pour le pluralisme. Le Centre national du cinéma et plusieurs syndicats professionnels n'ont pas encore réagi officiellement, mais des concertations seraient en cours pour évaluer les conséquences juridiques et économiques de cette menace.

L'affaire dépasse désormais le seul cadre du cinéma pour devenir un enjeu politique majeur. Plusieurs élus de gauche ont dénoncé une atteinte à la liberté d'expression, tandis que des voix à droite ont défendu le droit de Canal+ à choisir librement ses collaborateurs. Quelle que soit l'issue de cette confrontation, elle marque un point de rupture dans les relations entre la puissance financière d'un groupe médiatique et l'indépendance revendiquée par les créateurs français, posant la question cruciale du modèle de financement de la culture dans un paysage médiatique de plus en plus concentré.

Sources

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