L'angoisse est montée encore d'un cran cette nuit aux abords de Bordeaux, où une nouvelle reprise de feu a entraîné 55 000 évacuations supplémentaires, notamment autour de la commune de Marcheprime. Le brasier qui ravage le sud-ouest de la France n'est désormais plus qu'à une dizaine de kilomètres de la métropole bordelaise. Dans la soirée, le Premier ministre Sébastien Lecornu a prévenu que les prochaines heures pouvaient être difficiles.
Il s'agit d'un feu hors de contrôle, d'une puissance inédite, nourri par un vent venu de l'Atlantique qui le pousse dangereusement vers Bordeaux. Un impressionnant nuage de fumée est visible depuis l'agglomération. Plusieurs communes ont été évacuées en urgence et, dans un quartier de Mérignac, règne une ambiance de village fantôme, avec des volets fermés et des rues désertes où ne circulent plus que les secours.
La ville de Bordeaux elle-même n'est pour l'heure pas concernée par des évacuations préventives, contrairement à huit communes limitrophes. Depuis le matin, la police presse les derniers habitants de partir. Une mère et ses trois enfants ont ainsi quitté leur domicile pour se réfugier chez des proches, emportant à la hâte quelques affaires et un peu de nourriture. Au total, 57 000 personnes ont dû abandonner leur logement.
Les évacués sans solution d'hébergement sont redirigés vers le parc des expositions de Bordeaux, transformé en centre d'accueil et déjà saturé. À l'intérieur, quelque 6 000 personnes fatiguées attendent des nouvelles, dans l'incertitude. Beaucoup n'espèrent qu'une seule chose, pouvoir enfin rentrer chez elles, sans savoir dans quel état elles retrouveront leur maison une fois le feu passé.
Pour tenter de venir à bout d'un incendie qui s'étend sur plus de 20 kilomètres, les pompiers disposent désormais d'une nouvelle arme. L'A400M, immense avion militaire doté de la capacité de trois Canadairs, a effectué cet après-midi ses tout premiers largages. Il n'est pas là pour éteindre les flammes avec de l'eau, mais pour déposer un retardant de couleur rouge sur une ligne de 600 mètres dans la forêt encore intacte, afin de créer une barrière destinée à stopper la progression du feu.
Le principe est simple, expliquent les secours : lorsque les flammes rencontrent cette ligne de retardant, le feu se ralentit, et l'action combinée des moyens terrestres permet ensuite de l'arrêter. Les pompiers recourent aussi à des pare-feux, d'immenses tranchées déboisées creusées pour limiter l'incendie, une technique déjà utilisée avec succès lors des feux de 2022. Mais ce dispositif, parfois, ne suffit pas face à un brasier de cette ampleur.
Sur un terrain sec et une tourbière hautement inflammable, les pompiers espèrent surtout un coup de pouce de la météo. Les vents, au contact du feu, créent des tourbillons qui décuplent la virulence de l'incendie, un phénomène que les autorités décrivent comme un véritable orage de feu, jusque-là inconnu dans le pays. Une première lueur d'espoir se dessine toutefois, avec une baisse des températures désormais annoncée.
