La forêt de Fontainebleau, l'un des massifs les plus emblématiques et les plus anciens de France, est la proie d'un incendie d'une ampleur décrite comme totalement inédite. À une soixantaine de kilomètres de Paris, les flammes ont parcouru quelque 2000 hectares depuis dimanche. Après trois jours et trois nuits de lutte, le feu est désormais fixé, ce qui signifie que sa progression a été stoppée, mais il n'est pas encore éteint et continue de couver, imposant aux secours de rester pleinement mobilisés. Les Canadair, Dash et hélicoptères bombardiers d'eau devaient reprendre leur rotation dès le matin pour poursuivre le travail sur les points chauds.
L'hypothèse d'un acte délibéré est désormais confirmée par les autorités. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a fait état d'une dizaine de départs de feu concentrés dans un périmètre restreint, une configuration qui traduit selon lui une origine volontaire, et a annoncé deux interpellations. Parmi les deux personnes interpellées figure un jeune homme de 18 ans, appréhendé avec un briquet en sa possession et de la suie sur les mains. Une enquête judiciaire a été ouverte pour faire la lumière sur ces multiples foyers apparus presque simultanément. Au total, six personnes ont été placées en garde à vue dans ce cadre, parmi lesquelles un pompier volontaire qui a reconnu être à l'origine de certains départs de feu et qui a depuis été suspendu de ses fonctions. Après la levée de plusieurs de ces gardes à vue, celles de deux suspects ont été prolongées: le pompier volontaire, qui a reconnu avoir mis le feu à des brindilles avec un briquet et de l'essence, et une seconde personne, qui affirme avoir jeté une cigarette par accident. L'enquête a notamment progressé grâce à des témoins: un agriculteur, intrigué la veille au soir par le comportement d'un motard en lisière de bois, a donné l'alerte, et le motard a aussitôt été interrogé par la police. La procureure de la République souligne toutefois que toutes les pistes restent ouvertes, aussi bien une origine accidentelle, comme un départ de feu lié à un chantier le long de l'autoroute, qu'une intervention humaine délibérée. L'affaire a depuis franchi une nouvelle étape judiciaire: le parquet a annoncé requérir le placement en détention provisoire des deux suspects, parmi lesquels le pompier volontaire.
Les investigations s'appuieront notamment sur des analyses scientifiques. Des prélèvements de terre effectués sur les zones incendiées doivent être examinés par l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie, un laboratoire spécialisé qui traite chaque année entre 500 et 600 dossiers d'incendie. L'objectif est d'y rechercher la trace d'un éventuel produit accélérant, susceptible de confirmer la thèse d'un feu allumé volontairement.
Face à la progression des flammes, les autorités ont procédé à l'évacuation d'environ 900 habitants vivant à proximité de la zone touchée, souvent contraints de quitter leur maison dans la précipitation. Les personnes concernées ont été prises en charge et hébergées dans des salles polyvalentes des communes situées aux alentours de Fontainebleau. L'évacuation avait été décidée par précaution, en raison d'un vent fort susceptible de pousser les flammes vers les habitations et d'une épaisse fumée jugée potentiellement toxique. Le feu étant désormais fixé, les habitants ont été autorisés à regagner leur domicile en fin de journée, sans attendre l'extinction complète du sinistre.
Les moyens déployés sont à la hauteur de l'événement, jusqu'à en devenir historiques. Pour la première fois dans l'histoire de la région, des avions bombardiers d'eau ont été engagés et ont écopé directement dans la Seine pour déverser leur charge sur le brasier. Plusieurs hélicoptères bombardiers d'eau ont également été mobilisés et ont été aperçus survolant la zone pour appuyer les équipes au sol.
Au sol, la mobilisation reste massive. Après une nuit de lutte, plus de 800 pompiers demeurent engagés, appuyés par quatre Canadair et d'autres moyens aériens. Deux sapeurs-pompiers ont été légèrement blessés au cours des opérations, dont l'un venu du département de la Haute-Garonne. Les soldats du feu, venus de plusieurs départements, décrivent un feu de tourbière qui couve dans le sous-sol et peut reprendre à n'importe quel point du massif, ce qui rend la lutte particulièrement difficile. Ils reconnaissent désormais qu'il faudra sans doute plusieurs semaines pour venir à bout des flammes, d'autant que la veille au soir, le feu s'était approché dangereusement du château de Fontainebleau, contraignant les Canadair à multiplier les rotations.
Ces conditions comptent parmi les plus défavorables que l'on puisse imaginer. La région traverse une vague de chaleur marquée, avec des sols particulièrement secs qui s'embrasent avec une facilité redoutable, tandis qu'un vent soutenu attise le feu et le propage rapidement d'un point à un autre. Pour les habitants évacués comme pour les centaines de pompiers engagés, la bataille pour sauver ce massif historique s'annonce longue et incertaine.
La procédure judiciaire a franchi une nouvelle étape en soirée. Les deux suspects dont la garde à vue avait été prolongée ont été présentés devant la justice, accusés d'avoir mis le feu à deux endroits distincts, à Arbonne-la-Forêt et à Fontainebleau. Ils encourent jusqu'à quinze années de réclusion criminelle, la procureure ayant requis leur incarcération. La veille encore, sur un parking, un homme de 46 ans avait par ailleurs été arrêté, un briquet et des journaux froissés ayant été retrouvés dans sa voiture. Emmanuel Macron s'est pour sa part rendu sur place pour constater l'ampleur des dégâts et saluer l'action des soldats du feu, soulignant le caractère inédit de ces incendies dans la région.
L'enquête a par ailleurs pris un tournant décisif s'agissant du départ de feu initial. Le parquet de Fontainebleau a annoncé l'ouverture d'une information judiciaire visant la société Aximum, une filiale du groupe Colas, ainsi que trois de ses membres, deux ouvriers et le gérant de l'entreprise, qui doivent être présentés à un juge en vue de leur mise en examen. Ils sont soupçonnés d'avoir provoqué le feu du 12 juillet, à l'origine de l'un des sinistres qui ont ravagé la forêt.
Selon les éléments de l'enquête, le feu serait parti d'un chantier situé le long de l'autoroute A6. Des étincelles générées par une disqueuse thermique, utilisée pour tronçonner des glissières de sécurité lors de ces travaux, auraient enflammé la végétation environnante avant que les flammes, attisées par la chaleur et le vent, ne se propagent rapidement au massif forestier voisin, un enchaînement que les investigations doivent désormais confirmer.
