En Italie, la vague de chaleur qui frappe le pays laisse des traces bien visibles sur son plus grand fleuve. Depuis les quais de la ville de Turin, le spectacle est devenu difficile à manquer: des algues vertes recouvrent désormais en partie la surface du Po. Ce voile végétal, qui s'étend au fil des semaines, est l'un des symptômes les plus tangibles de l'été extrême que traverse la péninsule, entre températures élevées et manque d'eau.
Le phénomène est la conséquence directe de la chaleur et de la sécheresse. En abaissant le niveau du fleuve et en réchauffant ses eaux, elles créent des conditions idéales pour la prolifération de ces algues. Le cours d'eau, privé de précipitations suffisantes, s'assèche et se transforme peu à peu en un milieu propice à leur développement, là où une eau plus abondante et plus fraîche en limiterait l'expansion.
Au-delà de l'aspect inesthétique, ces algues posent un problème écologique sérieux. Une grande partie de cette végétation est invasive et non indigène, c'est-à-dire qu'elle ne provient pas de la région. En s'installant massivement, elle entrave et détruit la biodiversité locale, prenant la place des espèces qui peuplent habituellement le fleuve et fragilisant un écosystème déjà mis à rude épreuve par la sécheresse.
Face à cette situation, la municipalité de Turin a décidé d'agir pour tenter d'endiguer le problème. Des pelleteuses ont été mobilisées pour nettoyer la zone et retirer les nappes d'algues qui s'accumulent à la surface. L'opération, menée au fil des jours, a déjà permis d'extraire plus de 150 tonnes de végétation, un chiffre qui donne la mesure de l'ampleur prise par le phénomène.
Ce nettoyage a toutefois un coût non négligeable pour la collectivité. La facture dépasse déjà les 100 000 euros, une somme entièrement prise en charge par la municipalité. À mesure que les algues réapparaissent, l'opération risque de devoir être répétée, ce qui pèse sur les finances locales et illustre le prix concret que représentent, pour les villes, les conséquences des épisodes de sécheresse à répétition.
Les algues perturbent aussi la vie quotidienne et certaines activités sur le fleuve. Les sports nautiques, et en particulier l'aviron, s'en trouvent gênés: les rameurs doivent constamment tenter d'éviter ces nappes qui se sont étendues à la surface de l'eau. Ce qui était un plan d'eau propice à l'entraînement se transforme en parcours d'obstacles, au détriment des clubs et des pratiquants installés le long des berges.
Derrière ce cas turinois se profile une réalité plus large, celle d'un fleuve en souffrance. Faute de précipitations, le débit du Po a drastiquement chuté au mois de juin. Selon les dernières observations, il est par endroits inférieur de plus de 60% à la moyenne historique, un affaiblissement spectaculaire pour un cours d'eau vital à l'agriculture et à l'approvisionnement de tout le nord de l'Italie. La prolifération des algues n'en est que le signe le plus visible.
