Alors que le detroit d'Ormuz demeure un point de tension majeur pour les exportations petrolieres mondiales, l'Irak et la Syrie ont trouve une parade par la terre. Les deux pays ont conclu en avril dernier un accord prevoyant d'acheter du petrole irakien et de l'acheminer par voie terrestre. Pour Damas, l'ambition est claire: redevenir un axe strategique dans le commerce de la region apres des annees de marginalisation.
Au coeur de cette strategie se trouve le terminal petrolier de Banias, dans la province cotiere de Tartous. La Syrie mise sur sa facade mediterraneenne pour faire transiter le petrole irakien vers les marches internationaux, en s'appuyant sur ses ports plutot que sur les routes maritimes du Golfe. L'accord signe entre les deux pays place precisement ce terminal au centre du dispositif logistique.
Sur place, le mecanisme est rode. Les camions-citernes arrivent d'Irak pour decharger leur cargaison de petrole au terminal. Un tuyau est raccorde a chaque camion, puis les pompes sont mises en marche. Le petrole est ensuite achemine soit vers les reservoirs de la raffinerie, soit directement vers les navires amarres, prets a prendre la mer en direction des clients etrangers.
Le volume traite a connu une hausse spectaculaire. Selon la compagnie syrienne du petrole, pres de mille camions-citernes viennent desormais decharger chaque jour leur cargaison a la raffinerie de Banias. Le petrole y a une double destination: une partie reste en Syrie pour les besoins internes, tandis que l'autre partie est chargee sur des navires pour l'exportation par voie maritime.
Pour absorber ce flux, les installations ont du etre considerablement renforcees. Un responsable explique que deux navires equipes d'un systeme de pompage fonctionnent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La capacite est passee d'environ trente camions par jour a pres de mille aujourd'hui, un changement d'echelle qui a exige, selon ses mots, un travail enorme de la part des equipes du terminal.
L'augmentation des capacites ne suffit toutefois pas a effacer les difficultes. Le terminal, vieux de plus de soixante-quinze ans, peine a resister aux conditions meteorologiques. Les responsables indiquent qu'il est impossible de raccorder les navires lorsque les vents depassent vingt noeuds, et qu'un remplacement complet du systeme est actuellement en cours pour fiabiliser les operations.
Les obstacles depassent largement le seul terminal. Quatorze annees de guerre ont laisse les routes syriennes en mauvais etat, si bien que les chauffeurs roulent parfois plusieurs jours pour rallier la cote. Sur certains axes, ils ne circulent qu'en convoi escorte, une contrainte de securite qui ralentit encore les trajets et illustre les limites de cette nouvelle route petroliere encore fragile.
