L'euro numérique franchit une nouvelle étape. Le projet est désormais à l'examen, avec une adoption en plénière attendue le mois prochain, une échéance qui pourrait, à terme, modifier les habitudes de paiement des citoyens européens sans même qu'ils s'en aperçoivent au quotidien.
Avant tout, il faut bien comprendre de quoi il s'agit. L'euro numérique n'est pas une crypto-monnaie comme le bitcoin, ni un nouvel euro. Il s'agit simplement d'une version numérique des billets et des pièces que nous utilisons déjà, des euros que l'on pourrait avoir directement sur son téléphone, émis par la Banque Centrale Européenne.
Le projet n'est pas nouveau, puisqu'il est étudié depuis environ six ans. Mais les événements géopolitiques des derniers mois lui ont, semble-t-il, donné un sérieux coup d'accélérateur, en remettant au premier plan la question de l'autonomie de l'Europe en matière de paiements.
Pour le consommateur, le changement sera à première vue presque imperceptible. Les Européens continueront de payer avec leur carte bancaire ou leur téléphone, comme aujourd'hui. C'est en coulisses, dans la mécanique des transactions, que de nombreuses choses pourraient évoluer en profondeur.
Aujourd'hui, lorsqu'un client achète un café ou une baguette avec sa carte, l'argent passe de son compte à celui du commerçant, mais en transitant par plusieurs intermédiaires: sa banque, celle du commerçant et, souvent, des réseaux américains comme Visa ou Mastercard, qui traitent environ deux tiers des transactions.
Ces réseaux prélèvent des commissions sur chaque paiement. Souvent invisibles, elles se situent entre 0,2 et 2% au maximum pour le consommateur, mais elles représentent au total des milliards d'euros chaque année pour les commerçants européens, un coût longtemps resté discret dans le débat public.
Avec l'euro numérique, l'Europe disposerait de sa propre infrastructure de paiement. Il y aurait moins d'intermédiaires, des transactions plus rapides et une moindre dépendance vis-à-vis des réseaux étrangers. Ses défenseurs promettent également un système moins coûteux, même si les banques européennes suivent le dossier de près.
