A la veille du traditionnel défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Élysées, Emmanuel Macron a prononcé un discours aux armées à l'Hôtel de Brienne. Le chef de l'État a consacré une large part de son intervention au réarmement de la France, un chantier qu'il a présenté comme l'un des engagements de son double mandat et qu'il estime désormais tenu.
Pour illustrer cet effort, le président s'est appuyé sur l'évolution du budget des armées. Celui-ci est passé d'environ 32 milliards d'euros en 2017, au début de son premier mandat, à 57 milliards d'euros en 2026. Cette progression représente un bond de 77% en moins d'une décennie, traduisant une remontée en puissance financière significative de l'outil militaire français.
Au-delà des chiffres, Emmanuel Macron a inscrit cette montée en puissance dans une ambition européenne. En quelques années, a-t-il déclaré, la France et ses partenaires auront bâti des capacités nouvelles en Europe et orchestré un réveil stratégique. Selon lui, l'Europe est en train de devenir une puissance, qui s'appuie sur les États qui la constituent et respecte leurs décisions souveraines, tout en assumant de se défendre et d'agir unie.
Le président a voulu accompagner cette démonstration de force d'un message adressé au reste du monde. Oui, la paix est notre but, a-t-il lancé, ajoutant que la France chérissait la liberté et le droit. Mais il a aussi prévenu que le pays se tenait prêt à combattre pour défendre ces valeurs, toujours, et au prix du sang s'il le faut, une formule destinée à souligner la détermination affichée par l'exécutif.
Cet effort budgétaire, aussi marqué soit-il, doit toutefois être replacé dans un contexte européen où plusieurs pays vont encore plus vite. Des spécialistes des questions stratégiques soulignent que certains partenaires disposent de davantage de marges de manoeuvre budgétaires que la France et accélèrent leur propre réarmement, ce qui relativise la portée de la trajectoire française.
L'Allemagne est ainsi citée comme un exemple frappant, avec un objectif de plus de 118 milliards d'euros consacrés à sa défense à l'horizon 2030, ce qui la porterait autour de 3,5% de son produit intérieur brut. La Pologne, pays plus petit mais très exposé, viserait pour sa part une part de son PIB de l'ordre de 4,5 à 5% à la même échéance, un niveau parmi les plus élevés du continent.
Pour les analystes, l'enjeu déterminant sera de poursuivre cette trajectoire, voire de l'accélérer, en dégageant de nouvelles marges de manoeuvre budgétaires. Ils rappellent que les chefs d'état-major et les responsables du renseignement européens alertent sur la menace que fait peser la guerre menée par la Russie, et pointent les faiblesses à combler pour la France, notamment dans les munitions, les missiles de longue portée et les drones.
