Marine Le Pen est officiellement candidate à l'élection présidentielle de 2027. Au lendemain de l'annonce de sa candidature, la dirigeante du Rassemblement National a choisi de se rendre à La Flèche, dans la Sarthe, une ville conquise par son parti lors des dernières élections municipales. Un déplacement hautement symbolique, destiné à illustrer l'implantation locale du mouvement au moment où s'ouvre officiellement la campagne.
Sur place, elle est apparue tout sourire, marquant clairement son entrée en campagne. À ses côtés se tenait Jordan Bardella, dont la présence a confirmé la nouvelle configuration voulue par le parti. Ce sera un duo, présenté comme le véritable ticket d'entrée dans la course à l'Élysée, avec Marine Le Pen en candidate et Jordan Bardella positionné comme son numéro deux.
Le président du Rassemblement National a assumé ce rôle devant les caméras venues faire le déplacement. Il s'est dit heureux de pouvoir entrer en campagne aux côtés de Marine Le Pen, estimant que des millions de Français attendent aujourd'hui le changement et un sursaut après dix années d'Emmanuel Macron, qui selon lui ont fait un mal considérable au pays. Il a affirmé vouloir offrir aux Français l'alternance qu'ils méritent et qu'ils attendent.
Cette organisation en tandem s'explique par un contexte particulier. Le risque que la candidate du Rassemblement National soit déclarée inéligible pour 2027 demeure élevé, une hypothèse que Marine Le Pen elle-même a évoquée à plusieurs reprises en résumant la situation d'une formule restée célèbre au sein du parti: si ce ne sera pas elle, ce sera lui. Pour Jordan Bardella, longtemps présenté comme un plan B, cette perspective avait été anticipée et préparée de longue date.
Marine Le Pen a fait le choix de se déclarer candidate depuis mardi dernier, malgré une condamnation prononcée par la Cour d'appel de Paris pour détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires du Front National. Il s'agit de sa quatrième candidature à l'élection présidentielle, une longue expérience qui, aux yeux de ses partisans, lui confère un cuir plus épais et la rend, selon eux, plus difficile à déstabiliser après avoir traversé plusieurs tempêtes au cours de sa carrière politique.
Jordan Bardella reprend ainsi le rôle pour lequel il était pressenti, celui de candidat au poste de Premier ministre en cas de victoire. Il a défini les contours de sa mission dans la campagne: bâtir le programme, former une équipe et tenter de constituer un gouvernement d'union nationale, une ambition qui traduit la volonté du parti d'apparaître en capacité de gouverner et de rassembler au-delà de son socle traditionnel.
Dans cette logique d'élargissement, le jeune dirigeant a tendu la main aux électeurs de droite qu'il juge désormais orphelins. Il estime que Bruno Retailleau ne pèse pas suffisamment dans ce camp et entend capter cet électorat pour agrandir le socle du Rassemblement National. Par le passé, Bardella avait déjà pris ses distances avec certaines positions de Marine Le Pen, notamment sur les retraites, et multiplié les gestes en direction du monde économique, allant jusqu'à déjeuner avec des chefs d'entreprise.
Du côté des adversaires, l'officialisation de la candidature de Marine Le Pen n'est pas passée inaperçue. Au sein de Renaissance, autour de Gabriel Attal, la stratégie a été ajustée dès lors qu'il est apparu que ce serait bien elle, et non Jordan Bardella, qui porterait les couleurs du parti. Édouard Philippe, candidat pour Horizons, n'a lui rien changé à sa ligne, affirmant préférer affronter et battre Marine Le Pen dans les urnes.
Sa candidature s'accompagne déjà d'une dynamique dans les enquêtes d'opinion. Selon un sondage Elabe réalisé pour La Tribune Dimanche et BFM TV, le premier publié après son annonce, Marine Le Pen arriverait largement en tête du premier tour avec environ 35% des intentions de vote, devant Édouard Philippe à 16,5% et Jean-Luc Mélenchon à 16%, tandis que Raphaël Glucksmann, pour Place publique, serait plus en retrait autour de 10,5%. Au second tour, elle est donnée gagnante face à chacun de ses adversaires possibles: Jean-Luc Mélenchon terminerait à 32,5%, Raphaël Glucksmann à 41,5%, Bruno Retailleau à 44% et Gabriel Attal à 46%. Il y a encore quelques semaines, Édouard Philippe était crédité d'une victoire sur Marine Le Pen au second tour, ce qui n'est désormais plus le cas, même si le scrutin reste éloigné de plusieurs mois.
