Le Senegal traverse une crise politique majeure avec la rupture desormais consommee entre le premier ministre Ousmane Sonko et le president Bassirou Diomaye Faye. Qui aurait pu penser il y a deux ans que ces anciens compagnons de lutte en arriveraient a un tel divorce politique.
Ousmane Sonko a tenu une conference de presse a Dakar ou il a demande au president de redescendre de son piedestal et de se parler en responsables dans l'interet du pays. Son parti Pastef dispose de 130 deputes sur 165, une majorite ecrasante qui selon Sonko impose de fait la cohabitation.
Les analystes politiques qui suivent la politique senegalaise de pres n'ont pas ete totalement surpris par cette rupture. L'exercice du pouvoir, la culture politique et le systeme presidentiel font qu'au final il ne peut en rester qu'un, explique Mamadou Lamine Sarr. Ce qui a surpris c'est la rapidite et le caractere personnel de cette separation.
Sonko a evoque pour la premiere fois de maniere explicite le protocole du Cap-Manuel. Lorsqu'il etait opposant, des affaires judiciaires le rendaient ineligible selon le droit senegalais. Incapable de se presenter a l'election presidentielle de 2024, il s'est resolu a designer Bassirou Diomaye Faye comme son candidat.
Cette crise n'est pas inedite dans l'histoire politique senegalaise. En 1962, le president Senghor et son premier ministre Mamadou Dia avaient connu une rupture qui avait debouche sur l'emprisonnement de ce dernier. Des tensions similaires avaient aussi oppose le president Abdoulaye Wade, qui fete d'ailleurs ses 100 ans, a son premier ministre de l'epoque Macky Sall.
Ce qui rendait le tandem Sonko-Diomaye Faye singulier, c'est qu'ils avaient ete compagnons de lutte dans les rangs de l'opposition et avaient meme ete emprisonnes ensemble. Cette proximite dans l'adversite rendait d'autant plus improbable un divorce aussi rapide une fois au pouvoir.
La situation politique senegalaise reste tendue alors que le pays doit faire face a de nombreux defis economiques et sociaux. La cohabitation forcee entre un president affaibli et un premier ministre disposant d'une ecrasante majorite parlementaire dessine un equilibre des pouvoirs inedit dont l'issue reste incertaine.
