En Italie, des familles homoparentales vivent désormais dans la crainte des institutions depuis l'adoption d'une loi qui fait de la gestation pour autrui réalisée à l'étranger un crime. Cristiano et Giorgio, deux pères de famille, ont vu naître leurs deux enfants, Ginevra et Emmanuele, il y a douze ans aux États-Unis, grâce à une gestation pour autrui. Douze ans plus tard, ils feuillettent encore les photos de cette période, du jour de la naissance jusqu'à leur toute première photo tous ensemble.
Le couple raconte avoir mis trois ans à prendre cette décision, porté par un profond désir de paternité. Pour eux, la gestation pour autrui représentait la seule voie possible pour fonder une famille, l'adoption ne leur étant pas ouverte. Ils gardent les images du jour de la naissance, prises alors qu'ils s'apprêtaient à entrer dans la salle d'accouchement.
En 2024, le gouvernement de Giorgia Meloni a fait adopter une loi qui érige la gestation pour autrui pratiquée à l'étranger en crime universel. Les peines prévues vont de trois mois à deux ans de prison, assorties d'amendes pouvant atteindre un million d'euros. Le texte vise ainsi des couples italiens ayant eu recours à cette pratique hors des frontières du pays.
Pour ces pères, la mesure les assimile à des criminels. Ils dénoncent un texte qui, selon leurs mots, met sur le même plan des pères de famille et des personnes coupables de crimes de pédophilie ou de génocide.
Même si la loi n'est pas rétroactive et ne s'applique donc pas directement à leur situation, ils estiment qu'elle fait peser sur leurs enfants un stigmate considérable, celui d'être présentés comme le fruit d'un crime universel. Cette inquiétude pour l'avenir de leurs enfants les a poussés à se joindre à d'autres familles homoparentales pour faire entendre leur voix.
Depuis l'arrivée au pouvoir de ce gouvernement, nous avons le sentiment qu'il cherche à nous effacer, à nous renvoyer dans de vieilles cavernes où nous ne voulons plus vivre, confie l'un des pères, avant d'ajouter que sa famille existe et entend résister. Un autre parent témoigne de sa peur, expliquant que c'est la première fois qu'il redoute pour sa famille et se dit effrayé par les institutions publiques, inquiet de ce qui pourrait lui arriver, à lui comme à son enfant, à cause de ce gouvernement.
Trois ans et demi après l'élection de Giorgia Meloni, la rupture apparaît totale entre la cheffe du gouvernement italien et la communauté homosexuelle. Pour Cristiano, Giorgio et les autres familles homoparentales qu'ils ont rejointes, se rassembler est devenu une manière d'affirmer, selon leurs mots, qu'ils existent et qu'ils entendent résister.
