La ville d'Anéfis, dans le nord du Mali, a été reprise ce jeudi par l'armée malienne et les mercenaires russes, au terme de plusieurs jours de combats particulièrement violents menés contre les combattants jihadistes et les rebelles maliens indépendantistes du Front de libération de l'Azawad. Selon le correspondant régional de France 24, Serge Daniel, les deux belligérants reconnaissent désormais que les troupes loyalistes sont de nouveau présentes dans cette zone reculée.
Fait rare dans ce conflit, les deux camps s'accordent pour la première fois sur une même information. D'un côté, les rebelles indépendantistes alliés aux jihadistes évoquent le retour de l'armée ; de l'autre, l'armée malienne affirme que ses troupes sont arrivées pour sécuriser la ville d'Anéfis. Cette convergence, soulignée par le correspondant de France 24, tranche avec les récits contradictoires qui accompagnent d'ordinaire les combats dans le nord du pays.
La reprise de la localité met un terme à une séquence difficile pour les forces gouvernementales. Depuis plusieurs jours, l'armée malienne, accompagnée des mercenaires russes, était retranchée dans le camp militaire d'Anéfis, tandis que les rebelles tenaient la ville elle-même. La situation était restée bloquée, les assaillants contrôlant les abords immédiats du camp où les militaires demeuraient assiégés.
Une première tentative pour desserrer l'étau s'était soldée par un échec. Selon le correspondant, un renfort parti de Gao, la principale ville du nord du Mali, en direction d'Anéfis a été défait après être tombé dans une embuscade tendue par les rebelles. Cette première colonne de secours n'a pas pu atteindre le camp, illustrant la capacité des combattants à interdire l'accès à la localité.
C'est ensuite le déploiement d'importants moyens qui a permis de renverser la situation. D'après Serge Daniel, l'intervention des avions a joué un rôle déterminant, appuyée par l'arrivée sur place de renforts de mercenaires russes. Sous cette pression, les rebelles et les jihadistes ont été contraints de décrocher de cette localité importante, non sans que des victimes et de nombreux dégâts soient signalés des deux côtés.
Anéfis n'est pas une localité comme les autres. Elle se trouve à une centaine de kilomètres de Kidal, ville occupée depuis plus de deux mois par les jihadistes et les indépendantistes. Celui qui tient Anéfis détient, selon le correspondant, une clé pour pénétrer dans cette vaste région et contrôle en partie les mouvements de troupes venant en renfort depuis Gao, ce qui explique l'acharnement des deux camps à s'en emparer.
L'enjeu dépasse la seule ville. Tenir Anéfis, c'est aussi peser sur la région de Kidal, un espace immense que le correspondant décrit comme plus vaste que le Togo ou le Bénin, et qui partage une frontière avec l'Algérie. Alors que les relations entre Bamako et Alger avaient longtemps été mauvaises, France 24 fait état d'un dégel en cours entre les deux voisins, sur fond d'une situation sécuritaire qui reste fragile et d'un bilan humain encore incertain.
