Aux Antilles et en Guyane française, la présence des gangs brésiliens ne cesse de se renforcer, au point d'inquiéter jusqu'à Paris. Portée par l'orpaillage illégal et le narcotrafic, cette emprise pousse désormais l'État à réagir. Le gouvernement français vient ainsi de lancer un plan de coopération internationale destiné à lutter contre le crime organisé, dont les ramifications dépassent largement les frontières du territoire.
C'est lors d'un déplacement au Brésil que cette impulsion a été donnée. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, y a annoncé un renforcement de la coopération entre les deux pays. Face à ce qu'il a décrit comme le développement de véritables multinationales du crime, il a insisté sur la nécessité d'unir les efforts de part et d'autre de la frontière amazonienne pour endiguer un phénomène qui gagne du terrain.
Le chef de la diplomatie a également mis en avant l'action engagée au niveau européen. Il a rappelé que la France avait été à l'initiative d'un régime inédit de sanctions européennes visant les narcotrafiquants et les criminels organisés. Ce dispositif, désormais entre les mains de la Commission européenne, devrait selon lui être finalisé au plus vite afin que puissent être prises, sans délai, les premières sanctions.
Sur le terrain, l'ampleur du problème se mesure le long d'un cours d'eau. Le fleuve Oyapoque sépare la Guyane française et le Brésil sur près de 600 kilomètres et constitue à ce titre la plus grande frontière de la France. Ce cours d'eau sinueux, au cœur de l'Amazonie, est devenu au fil des années une véritable autoroute du crime, où se mêlent orpaillage illégal, trafic de bois et de drogue, largement dominés par les gangs brésiliens.
Pour prendre la mesure de la situation, il faut remonter le fleuve jusqu'à Camopi, une communauté amérindienne d'environ 2000 habitants située à sept heures de pirogue. Là, l'eau est en permanence de couleur marron, contaminée au mercure par la présence des chercheurs d'or. Une réalité qui laisse les responsables coutumiers du village dans un profond sentiment d'impuissance face à une pollution qu'ils ne peuvent enrayer.
L'exaspération des habitants a fini par déboucher sur des gestes de désespoir. Au mois d'avril, excédés par le passage de pirogues lancées à plus de 200 kilomètres à l'heure, ils avaient tendu un câble en travers du fleuve pour tenter de les arrêter. Le dispositif avait été aussitôt retiré par la préfecture, qui a fini par installer un barrage il y a quelques jours à peine. Une mesure jugée surtout symbolique, car les pirogues contournent l'obstacle en passant par la forêt.
À cette pression s'ajoute une menace plus discrète mais tout aussi préoccupante. Les gangs brésiliens qui prospèrent en Amazonie attirent en effet les plus jeunes, séduits par les revenus rapides du trafic. Un habitant a ainsi vu peu à peu certains de ses proches basculer dans ces réseaux, et redoute de voir ce petit village amérindien se transformer, insidieusement, en une commune gangrenée par le crime.
