En Martinique, se déplacer est devenu un véritable calvaire pour une partie de la population. Les transports en commun du centre de l'île sont paralysés depuis six mois maintenant, laissant les usagers en détresse et livrés à eux-mêmes. Ce qui devrait être un service public du quotidien s'est transformé en une longue attente sans solution, au point que beaucoup ne savent plus comment rejoindre leur travail, leurs rendez-vous ou simplement le marché pour faire leurs courses.
À l'origine de ce blocage, une situation financière critique. La société qui exploite le réseau est en cessation de paiement, et la conséquence se lit directement dans les rues désertées par les bus. Selon les associations d'usagers, les 61 lignes du centre de l'île sont aujourd'hui totalement à l'arrêt, et chaque jour ce sont des dizaines de lignes qui manquent à l'appel sur l'ensemble du réseau, laissant des quartiers entiers sans desserte.
Derrière les chiffres, il y a des visages et des trajets impossibles. Denise, une retraitée de près de 80 ans, ne se déplace habituellement qu'en bus. Privée de ce service, elle doit désormais remplir son sac de tout le nécessaire, portemonnaie et papiers d'identité, et préparer ses sorties comme une expédition, en espérant trouver une âme charitable qui accepte de la déposer en ville.
Son objectif du jour est simple mais éprouvant: rejoindre le marché de Fort-de-France pour remplir ses placards de quoi tenir toute la semaine. Faute de bus, elle se poste au bord de la route et guette chaque voiture qui ralentit, chaque ralentissement devenant une lueur d'espoir vite démentie. Un taxi finit par s'arrêter, mais à six euros l'aller-retour, elle juge la course bien trop chère pour son budget de retraitée.
L'attente s'étire alors interminablement. Avec six vis dans la jambe et une hernie discale, Denise sait qu'elle ne pourra pas rester longtemps debout au bord de la chaussée. Il lui faudra patienter environ trois quarts d'heure avant qu'un voisin ne la prenne enfin en charge. Elle part ainsi, sans aucune garantie sur l'heure ni sur les conditions de son retour, dépendante de la seule bonne volonté de ceux qui croisent sa route.
Cette détresse individuelle est le reflet d'un malaise collectif que dénoncent avec force les associations d'usagers. Pour elles, la crise actuelle ne se résume pas aux grèves: elle est l'aboutissement d'années de galères et de dysfonctionnements répétés. Aujourd'hui, martèlent-elles, la situation est pire que jamais car plus rien ne fonctionne, et elles estiment que les décideurs prennent le problème un peu trop à la légère.
Face à ce blocage, les usagers réclament des comptes et des actes. Les associations dénoncent un manque de transparence du côté de Martinique Transport et de la collectivité, et menacent de saisir la cour des comptes pour faire la lumière sur la gestion du réseau. Elles demandent également une place à la table des décisions et une intervention en urgence des pouvoirs publics, convaincues que cette situation ne peut tout simplement plus durer.
