Le procès de l'assassinat de Martinez Zogo, journaliste radio camerounais retrouvé mort en janvier deux mille vingt-trois après avoir été soumis à la torture, a connu un tournant décisif au tribunal militaire de Yaoundé. L'audience de lundi a été marquée par la projection d'une vidéo insoutenable montrant les dernières heures du journaliste.
Après plus de deux ans de procédure, un expert en cybercriminalité commis par le tribunal a livré une déposition glaçante. Son témoignage a permis de retracer les dernières heures du journaliste à travers la projection de la vidéo documentant la torture qui a conduit à sa mort.
L'expert a également établi des relations qu'il qualifie d'irréfutables entre le cerveau présumé du crime, le lieutenant-colonel Justin Danwe, directeur des opérations de la Direction Générale de la Recherche Extérieure, et l'exécution du journaliste. Ce document avait été retrouvé dans les données numériques d'un des suspects.
La vidéo montre Martinez Zogo ensanglanté et appelant à l'aide. Arsène Salomon Mbani Zogo, connu sous le nom de Martinez, était un journaliste de cinquante ans, critique virulent de la corruption et du clientélisme au Cameroun, qui n'hésitait pas à citer nommément des responsables gouvernementaux dans ses émissions.
Dix-sept suspects sont jugés dans cette affaire devant le tribunal militaire de Yaoundé pour des chefs d'accusation incluant le meurtre, la complicité et la conspiration en vue de commettre un meurtre, la torture et l'enlèvement. Parmi les accusés figurent l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et l'ancien directeur de la DGRE, Maxime Eko Eko.
Le journaliste avait été enlevé devant un commissariat de police dans la banlieue de Yaoundé le dix-sept janvier deux mille vingt-trois. Son corps mutilé avait été retrouvé quelques jours plus tard. L'affaire avait provoqué une onde de choc au Cameroun et dans la communauté internationale de défense de la liberté de la presse.
La projection de cette vidéo au tribunal représente un moment clé du procès. Les organisations de défense de la liberté de la presse, dont Reporters Sans Frontières et le Comité de Protection des Journalistes, suivent de près les audiences et réclament que justice soit pleinement rendue pour Martinez Zogo, dont l'assassinat reste l'un des crimes les plus graves commis contre un journaliste en Afrique ces dernières années.
