Au Mali, les militaires au pouvoir ont decide de prendre de nouvelles mesures pour faire face aux attaques jihadistes et a leur expansion vers le sud du pays. Face a une menace qui gagne du terrain, les autorites cherchent a reprendre l'initiative en durcissant leur approche securitaire. Cette decision marque une nouvelle etape dans la maniere dont Bamako entend mener la lutte contre les groupes armes sur son territoire.
Parmi ces mesures figure l'instauration de zones d'interet militaire sur le territoire. Ce dispositif vise a delimiter des espaces ou l'armee concentre son action contre les groupes jihadistes. Il s'agit de zones specifiquement designees par les autorites, dans lesquelles le pouvoir entend agir avec une liberte d'action accrue pour traquer les combattants.
En realite, ces zones d'interet militaire sont desormais considerees comme des zones de guerre. Le changement n'est pas seulement administratif: il modifie en profondeur le statut de ces espaces et le regime qui s'y applique. En les assimilant a des theatres de guerre, les autorites se donnent les moyens d'y conduire des operations militaires sans les contraintes habituelles.
La particularite de ces zones tient a leur interdiction aux civils. Des communiques interministeriels sont venus confirmer que tous les civils qui se rendront dans ces zones seront consideres comme des cibles, et donc traites comme des cibles dans des zones de guerre. Cette regle, lourde de consequences, fait peser un risque direct sur toute personne qui penetrerait, volontairement ou non, dans ces perimetres.
Pour justifier ce ciblage, le gouvernement estime que les forets sont des lieux ou s'abritent generalement les terroristes. Ces espaces boises, difficiles d'acces et propices a la dissimulation, sont presentes comme des refuges pour les groupes armes. C'est cette logique qui conduit les autorites a placer ces zones sous un regime militaire strict et a en restreindre totalement l'acces.
Parmi ces espaces, une foret particulierement importante est citee, celle du Ouagadou, situee vers la frontiere entre le Mali et la Mauritanie. Sa position en fait un point sensible, a la lisiere de deux pays, et probablement la plus difficile a gerer pour les forces maliennes. Le controle d'une telle zone, etendue et frontaliere, represente un defi militaire de premier plan.
La difficulte est accentuee par une dimension regionale. Bamako accuse les jihadistes de venir de la Mauritanie pour commettre des actes au Mali, une accusation que la Mauritanie dement. Ce desaccord complique la coordination des actions militaires dans cette zone, alors qu'une lutte efficace supposerait une cooperation entre les deux pays. La gestion de la foret du Ouagadou cristallise ainsi a la fois l'enjeu securitaire et les tensions entre voisins.
