Le Mali a été la cible samedi d'une série d'attaques coordonnées d'une ampleur inhabituelle, menées simultanément dans le nord et le centre du pays. Selon les éléments rapportés, des combattants jihadistes et des séparatistes touaregs ont lancé des assauts contre des positions gouvernementales à travers tout le territoire, dans ce qui apparaît comme une opération planifiée et de grande envergure. Cette offensive, décrite comme spectaculaire par sa coordination, illustre la fragilité persistante de l'État malien face à des groupes armés qui multiplient les démonstrations de force. Elle intervient dans un contexte sécuritaire déjà très dégradé, marqué par une succession d'attaques ces derniers mois.
Les assaillants ont pris pour cible plusieurs villes du nord, notamment Gao, Annefis et Aghelok, où sont stationnées l'armée régulière, ses milices supplétives et les mercenaires russes de l'Africa Corps. Sur des images diffusées, on voit des rebelles touaregs armés faire leur entrée dans la ville d'Annefis, dans le nord du pays. Cette percée illustre la capacité des groupes armés à s'emparer, au moins temporairement, de localités stratégiques que les forces gouvernementales peinent à sécuriser durablement. La concentration des attaques sur ces bastions traduit une volonté de contester frontalement la présence de l'État dans la région.
Le centre du pays n'a pas été épargné, avec des combats signalés près de Sévaré, où se trouve une importante base de l'armée malienne. Plus préoccupant encore pour les autorités, une prison située à une soixantaine de kilomètres seulement de la capitale Bamako, à Kéniéroba, a été prise d'assaut. Cette incursion aux abords de la capitale souligne la portée de l'offensive et la pression exercée sur le pouvoir central. Selon les éléments disponibles, il s'agit d'une stratégie coordonnée visant à consolider les positions des assaillants dans le nord du pays.
Face à cette situation, les forces armées maliennes ont reconnu la mort d'un de leurs soldats et affirmé avoir tué plusieurs dizaines d'assaillants au cours des combats. Dans un communiqué, l'armée a assuré que la situation était totalement sous contrôle, cherchant à rassurer une population inquiète. Ce bilan, encore partiel, pourrait évoluer à mesure que le point est fait sur les différents théâtres d'opérations. Les autorités maliennes s'efforcent de présenter une riposte maîtrisée, alors même que l'ampleur des attaques témoigne d'une menace toujours vive.
De leur côté, les paramilitaires de l'Africa Corps, ces mercenaires russes qui épaulent l'armée malienne, ont déclaré mener des opérations de combat pour repousser les assauts. Leur implication confirme le rôle central que jouent désormais ces forces étrangères dans le dispositif sécuritaire du pays. Depuis le départ des forces internationales et onusiennes, Bamako s'est en effet largement tourné vers Moscou pour tenter de contenir l'insurrection. Cette dépendance croissante n'a toutefois pas permis, jusqu'à présent, d'enrayer la progression des groupes armés sur le terrain.
Les attaques de samedi ont été revendiquées par une alliance devenue emblématique de la crise malienne. D'un côté, les indépendantistes du Front de libération de l'Azawad, qui portent les revendications autonomistes touaregs dans le nord du pays. De l'autre, les jihadistes du Jnim, groupe affilié à Al-Qaida, qui poursuit ses propres objectifs et étend son emprise sur de larges portions du territoire. La convergence, au moins tactique, de ces deux mouvances complique encore davantage la réponse des autorités, confrontées à des adversaires aux agendas distincts mais coordonnés dans l'action.
La junte militaire, arrivée au pouvoir en 2020 sur la promesse d'en finir avec les groupes armés, peine aujourd'hui à conserver le contrôle du territoire malgré l'appui des Russes de l'Africa Corps. Le pari sécuritaire sur lequel elle a fondé sa légitimité se heurte à une réalité de terrain marquée par des attaques répétées et des zones entières échappant à l'autorité de Bamako. Chaque nouvelle offensive de cette ampleur fragilise un peu plus le récit officiel d'un pays en voie de stabilisation. La question du contrôle effectif du nord et du centre reste plus que jamais posée.
Cette journée de violences s'inscrit dans une escalade amorcée ces derniers mois. Fin avril déjà, le Front de libération de l'Azawad et le Jnim avaient mené des attaques de très grande envergure à travers le pays, lors d'une offensive qui avait coûté la vie au ministre de la Défense, assassiné à son domicile. Plusieurs localités du nord, notamment Kidal, étaient alors tombées aux mains des assaillants. Les villes d'Annefis et d'Aghelok, visées ce samedi, figurent parmi les derniers bastions de la région où l'armée malienne maintenait encore une présence, ce qui donne à ces nouvelles attaques une portée particulièrement symbolique.
