À Tijuana, principale porte d'entrée vers les États-Unis depuis le Mexique, la ville frontière est devenue une véritable impasse pour des milliers de migrants. Dans un reportage diffusé par France 24, les équipes décrivent une cité où se concentrent tous les effets du durcissement de la politique migratoire américaine, et où le rêve d'une vie de l'autre côté de la frontière s'est, pour beaucoup, brutalement refermé.
Le tournant remonte au 20 janvier 2025, jour de l'investiture de Donald Trump. Ce matin-là, l'application CBP-1, qui permettait aux migrants d'entrer légalement sur le territoire américain pour y déposer une demande d'asile, s'est brusquement arrêtée. Avec sa disparition, c'est le rêve américain de centaines de milliers de personnes qui s'est envolé, laissant nombre d'entre elles bloquées du côté mexicain de la frontière.
À Tijuana, aux migrants arrêtés dans leur course s'ajoutent ceux qui ont été renvoyés par les autorités américaines, souvent sans statut légal au Mexique. La ville, considérée comme l'une des plus dangereuses au monde, se retrouve ainsi transformée en cul-de-sac pour des familles entières, prises au piège entre une frontière de plus en plus fermée et un pays où elles n'ont pas toujours de droits reconnus.
Mais Tijuana est aussi une ville où la solidarité s'organise. Il y a une dizaine d'années, en étant témoin des arrivées massives de migrants, une femme prénommée Jimena a décidé d'aider gratuitement les femmes enceintes et les jeunes mamans. Elle a depuis fondé un réseau de sages-femmes tout au long de la route migratoire et accompagné des femmes de plus de 150 nationalités différentes au fil des années.
Pour Jimena, ce travail dépasse largement le cadre purement médical. Les soins obstétriques et l'attention portée aux jeunes mères du monde entier représentent, selon elle, la première étape d'une véritable justice sociale. Son objectif, dit-elle, est de donner à chacun la possibilité de naître dignement, dans la tranquillité et la paix, malgré la précarité et la violence qui entourent le parcours de ces familles.
Le reportage donne aussi la parole à une migrante qui a refait sa vie sur place. Arrivée à Tijuana, elle y a rencontré le père de son futur enfant, un autre migrant venu du Honduras, et tous deux ont renoncé à leur projet de gagner les États-Unis. Elle confie vouloir devenir mexicaine et se sentir en sécurité dans ce pays, expliquant que son bébé aura du sang hondurien et salvadorien, mais qu'il sera avant tout mexicain.
À l'autre bout de ce combat, un homme prénommé Marc soigne chaque jour dans la rue des infections, des cas de gangrène, de malnutrition et de maladies infectieuses. Parti la veille à la recherche d'un sans-abri en pleine crise de manque, il finit par le retrouver sain et sauf et reste convaincu que celui-ci acceptera bientôt d'être soigné. Fort de sa propre histoire, il assure que rien n'est impossible dans les rues de Tijuana.
