LIVE PROTOCOL
EET--:--:-- edition--.--.--

Au Japon, l'immigration grandit sur fond de pénurie et de tensions

Au Japon, l'immigration grandit sur fond de pénurie et de tensions

Un reportage de France 24 montre un Japon tiraillé entre une pénurie de main-d'oeuvre liée au vieillissement et une montée des tensions autour de l'immigration. À Kawaguchi, un candidat d'extrême droite cible la communauté kurde, tandis que des étrangers installés de longue date témoignent d'insultes racistes.

Le Japon, pays de cent vingt-deux millions d'habitants, traverse une transformation profonde. Confronté à une société vieillissante et à une pénurie de main-d'oeuvre, l'archipel, historiquement replié sur lui-même, se voit aujourd'hui contraint de s'ouvrir, même timidement, à l'immigration. Mais cette évolution s'accompagne d'une montée des tensions, comme le montre un reportage diffusé par France 24.

Au coeur de ce récit, le témoignage de Mohamed, un étranger installé depuis longtemps au Japon. Il parle couramment le japonais et participe activement à la vie de son quartier. Pourtant, il y a quelques mois, il a été la cible d'insultes racistes, une expérience qui l'a profondément marqué après des années passées à se sentir intégré dans le pays.

Je n'ai jamais pensé que je recevrais un tel message au Japon, de la part d'un Japonais, confie-t-il. C'était la première fois de ma vie que je recevais un message comme celui-ci. Il raconte avoir ressenti de la tristesse, lui qui vit dans ce pays depuis si longtemps et n'avait, dit-il, jamais été confronté à de tels propos auparavant.

Mohamed insiste néanmoins sur le fait que ces appels et messages injurieux ne proviennent que d'une très faible partie de la population japonaise. Il rappelle aussi l'importance des travailleurs étrangers pour le pays. Pour survivre, le Japon a besoin des étrangers, explique-t-il, estimant que si tous devaient partir, l'archipel devrait fermer la plupart de ses usines, de ses industries et même de ses magasins.

Le reportage s'arrête ensuite à Kawaguchi, une ville de la banlieue de Tokyo. Certains habitants s'y plaignent de la communauté kurde, qu'ils jugent trop importante. Selon les chiffres avancés, ces résidents kurdes représentent environ deux mille personnes sur plus de six cent mille habitants, une proportion réduite qui n'empêche pas la question de s'imposer dans le débat local.

Un homme politique a fait de ce sujet l'axe principal de sa campagne. Candidat classé à l'extrême droite, il espère être élu maire de la ville et affirme ne pas vouloir que le Japon suive le modèle occidental en matière d'immigration. Son discours met en avant une opposition frontale à l'accueil croissant d'étrangers dans la société japonaise.

Ce candidat dénonce notamment un traitement qu'il juge inéquitable. Lorsqu'un Japonais fait une demande d'aide sociale, il y a souvent des complications et la demande est rarement acceptée, affirme-t-il, alors que pour les étrangers, les aides seraient accordées beaucoup plus rapidement. S'il devient maire, promet-il, il s'engage à mettre fin à cette situation.

Pour un expert cité dans le reportage, le gouvernement doit au contraire mettre en place une véritable politique d'intégration, avec un enseignement du japonais pour les étrangers et l'accès de leurs enfants aux écoles du pays. En 2024, le Japon a perdu près de neuf cent dix mille citoyens, conséquence d'une natalité au plus bas, et la main-d'oeuvre étrangère apparaît plus que jamais nécessaire. Pourtant, sur fond de poussée nationaliste, Tokyo continue de durcir sa politique migratoire.

Loading article...