Au Japon, un vent nationaliste semble souffler de nouveau. Un reportage de France 24 s'est intéressé à un mouvement ultranationaliste, très discordant dans un pays par ailleurs réputé pour son ordre et sa discipline. Ses militants réclament le retour de ce qu'ils appellent le Grand Japon, un pays souverain, militairement fort et particulièrement strict en matière d'immigration.
Pour ces militants, les étrangers susceptibles de troubler l'ordre public ne sont pas les bienvenus dans l'archipel. Ils citent notamment les Chinois ou encore les Kurdes, dont il est question depuis quelque temps dans le pays. Selon leurs propos, ces populations mettraient le désordre la nuit et enfreindraient les règles, sans compter les affaires de drogue qu'ils mettent en avant pour justifier leur discours.
Hiroshi Kawahara a fondé l'un de ces groupes ultranationalistes il y a vingt-cinq ans. Au-delà des positions hostiles aux étrangers, ces militants nourrissent un autre rêve, plus profond encore: le retour de l'empereur à la tête du pays. Cette aspiration place leur combat sur un terrain à la fois politique et symbolique, ancré dans une certaine vision de l'histoire japonaise.
Les journalistes de France 24 ont suivi ce groupe lors d'un rassemblement. L'objectif du jour était d'honorer les soldats japonais morts au combat durant la Seconde Guerre mondiale. La cérémonie, chargée de symboles, illustre l'attachement de ces militants à une mémoire militaire que le reste de la société japonaise aborde aujourd'hui avec beaucoup plus de retenue.
Selon les participants, les soldats de cette époque auraient libéré l'Asie et l'Afrique et, surtout, permis au Japon d'assurer sa dignité et son autodéfense. Même si la défaite a bien eu lieu, ils décrivent cette journée comme un jour de grande fierté. Ce récit, assumé pleinement, tranche avec la manière dont la période est généralement évoquée au Japon.
Ce type de commémoration est perçu comme une provocation par les pays voisins. Pour les historiens à l'étranger, les Japonais n'ont jamais libéré l'Asie ni l'Afrique, et ce que ces militants présentent comme une libération est plutôt vu comme une colonisation. Sont notamment cités Taïwan en 1895, la Corée en 1910, puis, au début du vingtième siècle, l'occupation aux Philippines, en Malaisie ou encore en Mandchourie, dans le nord de la Chine.
Ce regain nationaliste s'inscrit dans un contexte politique précis. En octobre dernier, Sanae Takaichi, figure de la droite ultraconservatrice, a été élue première ministre. Elle souhaite limiter l'immigration et augmenter les dépenses militaires du pays. Selon le reportage, ce climat politique contribue à libérer la parole raciste au sein d'une partie de la population japonaise.
