Les enfants de moins de deux ans passent en moyenne 53 minutes par jour devant un écran en France. Un temps qui, selon les spécialistes, vole le développement de l'enfant et casse les liens avec les proches.
53 minutes. C'est la durée moyenne que passent les enfants de moins de deux ans chaque jour devant un écran en France, selon les chiffres rapportés par la RTS. Un chiffre qui frappe, d'abord parce qu'il est concret. Ensuite parce qu'il contredit en douceur cette idée reçue selon laquelle les nourrissons ne seraient pas des adeptes naturels de la petite lueur bleue. La réalité est plus tranchante : les tout-petits y sont accrochés, et ce n'est pas un hasard.
Florent de Bodman, spécialiste de la question, a entendu des dizaines de fois la même phrase : "Si je dois préparer le dîner ou prendre une douche, j'ai besoin d'occuper les enfants. Souvent, je leur mets un dessin animé". C'est le quotidien de milliers de familles françaises. L'écran n'est plus un choix, il est devenu une béquille.
Un écran, une habitude de classe
Il y a, selon Florent de Bodman, un effet de classe sociale comparable à celui observé dans l'alimentation. L'isolement, la monoparentalité, les petits logements font que beaucoup de parents ne voient tout simplement pas d'autre issue. L'écran occupe, calme, tient. Il ne demande rien. Et c'est précisément là que réside le problème.
Ce temps d'écran est, selon lui, du temps volé. Volé aux échanges, aux regards, aux mains qui caressent, aux voix qui racontent. "C'est dramatique pour le développement de l'enfant", résume-t-il sans détour. Un enfant de deux ans ne peut pas apprendre seul devant un écran. Il répète sans comprendre, il regarde sans construire. L'écran ne parle pas à l'enfant. Il l'endort.
Le sommeil, premier victime
Les conséquences se mesurent d'abord au lit. Une vidéo regardée avant de dormir peut provoquer des difficultés à s'endormir. L'effet est immédiat, puis silencieux. Les apprentissages du lendemain s'en ressentent, même si personne ne le voit. L'enfant semble normal, mais il est privé d'un carburant essentiel : le repos.
Ce n'est pas une théorie. C'est un constat clinique. Les troubles du sommeil et du langage sont les deux signaux les plus fréquents rapportés par les professionnels de santé qui suivent ces enfants. Le langage, en particulier, souffre d'un retard que l'écran ne compense jamais. Il faut une voix, un visage, un échange. L'écran n'en a aucun.
L'adulte, complice malgré lui
Le problème ne s'arrête pas à l'enfant. Florent de Bodman le dit franchement : un parent les yeux rivés sur son smartphone casse lui aussi l'échange avec l'enfant, même si celui-ci joue sans écran. C'est un sujet dont on parle peu, par peur d'un regain de paternalisme. Mais c'est un vrai problème.
L'enfant apprend en regardant. S'il voit son parent scroller, il apprend que le monde est une surface à consommer, pas un espace à habiter. La modélisation est silencieuse, mais elle est là. Et elle est puissante.
Des alternatives qui existent
Face à l'écran, Florent de Bodman plaide pour des alternatives concrètes et accessibles. Ludothèques, boîtes à histoires, jeux à l'extérieur, cours d'école ouvertes le samedi. "Ça paraît être le b.a.-ba, mais pourtant non, pas tant que ça", précise-t-il. Le mot "b.a.-ba" est ici un aveu : nous avons oublié ce qui, jadis, allait de soi.
Pour les parents qui veulent faire marche arrière, le conseil est simple. Impliquer l'enfant dans les tâches du quotidien. Lui donner un saladier et une cuillère en bois pendant qu'on prépare le dîner. "C'est ludique, simple et ça marche", conclut-il. Pas de gadget, pas d'application. Juste des mains, des gestes, du temps partagé. C'est tout. Et c'est assez.
Questions fréquentes

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