Elliott confirme sa détention chez Air Liquide et réclame le démarrage immédiat du plan de rachat d'actions, bousculant le calendrier 2027-2028.
Mardi matin, Elliott a fini par parler. Le fonds activiste a officialisé sa présence au capital d'Air Liquide, validant une rumeur déjà lancée par le Financial Times début septembre. Fini le flou, c'est désormais une exposition chiffrée qui impose une nouvelle donne dans la gouvernance du groupe français.
Le message est clair : le programme de rachat de 4 milliards d'euros, prévu pour 2027 et 2028, doit démarrer maintenant. Pour Elliott, le plan BEYOND présenté lundi est un bon début, mais ce n'est qu'un minimum syndical à franchir, pas une ligne d'arrivée.
Une pression qui ne se discute plus
C'est la première fois que le fonds assume publiquement cette position. Il garde toutefois le silence sur le volume exact de ses parts et leur nature, laissant planer le doute sur une éventuelle composante synthétique. Cette réserve est calculée, une façon de masquer la véritable portée de son influence sur les décisions stratégiques du directoire.
Le ton est celui d'un partenaire exigeant. Elliott salue les ambitions du groupe, qu'il juge prudentes, mais insiste sur un potentiel de surperformance laissé en jachère. Ce n'est pas un rejet du plan, c'est un reproche de calendrier qui pèse lourdement sur la valorisation et la confiance des investisseurs institutionnels.

Le plan BEYOND sous la loupe
Pour saisir la friction, il faut regarder les chiffres du plan dévoilé lundi. Air Liquide vise une croissance du bénéfice par action de 10 % par an jusqu'en 2030, une hausse du chiffre d'affaires de 5 % et une amélioration de la marge de 400 à 600 points de base. Des objectifs ambitieux qui tracent une trajectoire exigeante.
Ces cibles s'accompagnent d'un ROCE récurrent supérieur à 11 % et d'investissements dépassant les 40 milliards d'euros. Pour AlphaValue, le plan est réalisable. L'analyste garde un optimisme prudent, en attendant de voir des preuves concrètes d'exécution sur le terrain industriel.

Le verrou de Moody's
L'obstacle immédiat est structurel. Moody's a confirmé lundi la note A2 d'Air Liquide avec une perspective stable, mais sous une condition stricte : les ratios de crédit doivent rester conformes aux attentes si le rachat a lieu entre 2027 et 2028. Tout écart pourrait fragiliser la cote.
Avancer le programme reviendrait à sortir du cadre retenu par l'agence, alors même que le groupe augmente son intensité capitalistique. La bataille devient ici technique, une question d'équilibre entre la pression des actionnaires et la solidité du bilan financier.
Les notes (P)A2 sur les titres à moyen terme et Prime-1 sur les billets de trésorerie ont aussi été confirmées. Moody's reste confiant dans la capacité d'endettement, mais impose un rythme précis de remboursement.

L'écart avec Linde
Sur le fond, l'enjeu réel est l'écart de rentabilité avec Linde. AlphaValue chiffre cette différence à 700 points de base. C'est l'ampleur du travail de transformation nécessaire pour que Air Liquide atteigne son plein potentiel de création de valeur et rattrape son concurrent direct.
L'analyste estime que des excès organisationnels peuvent encore être réduits. Cela plaide pour la faisabilité de l'objectif de marge. C'est dans cette efficacité opérationnelle que réside la clé pour justifier une accélération des distributions sans fragiliser la structure financière du groupe.
Le marché en attente
La cible de 5 % de croissance du chiffre d'affaires représente deux à trois fois le rythme de la production industrielle. Le groupe mise donc sur l'expansion et l'innovation, pas seulement sur l'inflation des prix. Cette dynamique est essentielle pour soutenir la thèse de croissance à long terme.
En attendant, les investisseurs guettent la réaction de la direction. La tension entre la création de valeur pour l'actionnaire et la préservation de la cote de crédit va définir les prochains mois de la stratégie d'Air Liquide.
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