La centrale nucleaire de Gravelines, dans le Nord de la France, a du interrompre le fonctionnement de plusieurs de ses reacteurs en raison d'un phenomene aussi inattendu que spectaculaire. Ce sont des milliers de meduses qui ont envahi les installations et perturbe le refroidissement des reacteurs, obligeant l'exploitant a suspendre une partie de la production. Un incident qui illustre la vulnerabilite des grandes infrastructures energetiques face aux aleas du milieu marin.
Dans le detail, la situation du site est contrastee au moment de ce constat. Trois reacteurs se trouvent actuellement a l'arret, un autre fonctionne a 50 pour cent de ses capacites, un reacteur supplementaire est a l'arret pour des operations de maintenance, tandis qu'un dernier tourne encore a plein regime. La centrale continue donc de produire, mais avec une partie seulement de ses unites reellement disponibles.
La cause de ces arrets est clairement identifiee. C'est la presence de plusieurs milliers de meduses qui ont investi le systeme de refroidissement des reacteurs qui est en cause, avec des filtres tout simplement satures par l'afflux de ces animaux. Prises en masse dans les circuits d'eau, les meduses empechent le bon fonctionnement du dispositif charge de refroidir les installations.
Malgre l'ampleur du phenomene, l'exploitant se veut rassurant sur ses consequences. Selon les informations communiquees, il n'y a aucune consequence sur la surete des installations, sur la surete du personnel ou sur l'environnement. La centrale produit par ailleurs suffisamment d'energie pour continuer a assurer sa mission, malgre les unites momentanement indisponibles.
Ce n'est pas la premiere fois que la centrale est confrontee a une telle invasion. Le phenomene avait deja ete constate l'annee derniere, ce qui avait conduit les responsables du site a anticiper. Des dispositifs supplementaires de prevention ont ainsi ete mis en place cette annee pour tenter de limiter l'arrivee des meduses dans les stations de pompage et le systeme de refroidissement.
Sur le terrain, la reponse s'organise autour d'un partenariat maritime. La SNSM et l'association France Peche Durable et Responsable se chargent d'aller pecher les meduses aux abords de la centrale nucleaire afin de les relacher a plusieurs kilometres de la, loin des prises d'eau. En parallele, les equipes de la centrale nettoient les filtres pour pouvoir relancer les reacteurs qui sont actuellement a l'arret.
Interrogee sur le caractere de ces interruptions, Emmanuelle Gallichet, enseignante-chercheuse en physique nucleaire, apporte une nuance importante. Selon elle, ces mises a l'arret ne sont pas obligatoires d'un point de vue industriel, mais sont decidees pour proteger la biodiversite. Elle souligne toutefois que la logique pourrait changer en cas de tension sur le reseau electrique: s'il existait un probleme de securite d'approvisionnement, EDF redemarrerait l'ensemble des reacteurs aujourd'hui arretes.
