La gendarmerie a demantele un important reseau de livraisons de stupefiants par drones a destination de la maison d'arret de Villefranche-sur-Saone, pres de Lyon. L'affaire, revelee ces derniers jours, met en lumiere un trafic d'une ampleur inhabituelle, ou les colis destines aux detenus etaient achemines directement par les airs, au-dessus des murs de l'etablissement penitentiaire.
La frequence des livraisons a particulierement frappe les enqueteurs. En moins de deux mois, plusieurs centaines de colis ont ete acheminees par drone, a un rythme d'environ trente-six livraisons par jour selon les enqueteurs. Un tel volume donne la mesure d'une organisation extremement rodee, capable d'operer quasiment en continu pour approvisionner les personnes incarcerees.
Le dispositif reposait sur une logistique bien pensee. Les trafiquants faisaient voler leurs drones telecommandes depuis deux zones de decollage situees a proximite immediate de la maison d'arret. Des pilotes postes a plusieurs kilometres de la prison pouvaient ainsi commander les appareils et guider les colis jusqu'a leurs destinataires, sans s'exposer directement aux abords surveilles de l'etablissement.
C'est la gendarmerie qui a mis un terme a ce trafic, au terme d'une operation conjointe menee par la section de recherche de Lyon et la brigade de recherche de Trevoux. Apres plusieurs operations de surveillance destinees a identifier les membres du reseau, les militaires ont lance un vaste coup de filet le 4 aout, en mobilisant notamment des pelotons d'intervention et des equipes cynophiles.
L'operation s'est soldee par l'interpellation de cinq personnes, dont trois ont ete prises en flagrant delit, en plein vol de drones. Parmi les personnes arretees figurent quatre majeurs et un mineur. Au passage, les enqueteurs ont egalement procede a plusieurs saisies: un demi-kilo de cannabis, 6.000 euros en especes, ainsi qu'un drone et ses dix-huit batteries, qui illustrent les moyens investis dans ce trafic.
Sur le plan judiciaire, les mis en cause devaient initialement etre juges en comparution immediate la semaine derniere. Ils ont toutefois tous demande un delai pour preparer leur defense, si bien que la plupart d'entre eux ont ete ecroues dans l'attente de leur proces, qui doit se tenir a la rentree. La justice devra notamment etablir le fonctionnement precis du reseau et le role de chacun des interpelles.
Cette affaire illustre une menace qui prend de l'ampleur autour des prisons francaises. Sylvain Royer, secretaire general adjoint de l'UFAP, souligne que les livraisons par drones se sont generalisees a de nombreux etablissements penitentiaires, en particulier la nuit, ou les survols se multiplient. Selon lui, le phenomene devient tres difficile a gerer pour le personnel, souvent peu nombreux sur place face a des trafiquants disposant de moyens importants et lies a la criminalite organisee.
