Goldman Sachs table une vague de 600 milliards de dollars d'émissions d'actions pour 2027. Une pression inédite sur les valorisations, mais le marché digère grâce à une demande massive.
Le chiffre du troisième trimestre a refroidi les ardeurs de la salle des marchés : 43 milliards de dollars levés, un niveau bien inférieur aux 252 milliards enregistrés le trimestre précédent. Ce coup de frein brutal après un début d'année euphorique a surpris même les plus avertis. Pourtant, chez Goldman Sachs, on refuse de voir ici le début de la fin. La thèse est simple : c'est un creux conjoncturel, pas un changement de régime. La capacité d'absorption du marché reste intacte, portée par une demande qui ne faiblit pas malgré la baisse de l'offre.
L'analyse de l'équipe menée par Ben Snider dessine un tableau contrasté pour 2026. Avec 431 milliards de dollars collectés via les introductions, les augmentations de capital et les SPAC, la croissance atteint 98% sur un an. Ce volume frôle le pic historique de 540 milliards atteint en 2021. Loin d'être une bulle spéculative, ce flux traduit une réallocation massive des capitaux vers l'économie réelle, alimentée par la fièvre technologique et les besoins urgent d'infrastructure.
Le paradoxe tient en une phrase : plus l'offre est abondante, plus le marché doit travailler pour l'absorber. Les stratèges notent que la demande institutionnelle et privée est assez solide pour éviter toute casse de prix. En revanche, la largeur du marché s'amincit dangereusement. L'action médiane du S&P 500 se traite 16% sous son plus haut, un signal d'alerte. Ce n'est plus la fête foraine de 2021, c'est un marché chirurgical où chaque dollar levé doit justifier sa présence.
Le choc des taux d'intérêt
Le principal obstacle à l'activité émettrice cette année, c'est la remontée des taux. Le rendement du Trésor américain à dix ans a grimpé d'environ 125 points de base sur douze mois. Depuis fin août, l'envolée dépasse 50 points de base, une variation statistique de deux écarts-types. Cette turbulence macroéconomique a directement asséché l'appétit des investisseurs pour les nouveaux titres, rendant les valorisations plus difficiles à défendre face au rendement sans risque.
Goldman Sachs lie directement ce ralentissement à cette pression sur les coûts de financement. Face à un capital plus cher, les entreprises ont réduit la voilure. Le nombre moyen d'offres mensuelles est tombé à 50, contre plus de 90 en mai et juin. Ce n'est pas un effondrement structurel, mais une pause tactique. Les acteurs du marché attendent des signaux plus clairs sur la trajectoire de la Fed avant de se réengager massivement sur les nouvelles émissions, préférant observer plutôt que d'agir.

Une demande qui absorbe l'offre
Malgré ce tassement, la demande sous-jacente demeure robuste. Les gérants institutionnels et les particuliers cherchent désespérément des expositions à des entreprises en croissance, en particulier dans l'intelligence artificielle et les infrastructures numériques. Cette soif de rendement permet d'absorber l'offre sans provoquer de dégradation des prix. L'équilibre est fragile, mais il tient pour l'instant grâce à cette convergence des intérêts entre émetteurs et investisseurs.
Le point faible reste la concentration de la hausse. L'action médiane du S&P 500 est 16% en dessous de son sommet, un niveau de faible largeur inédit depuis la bulle Internet. Cela signifie que la performance est tirée par quelques mastodontes technologiques, tandis que le reste de l'indice stagne. Cette concentration est un risque majeur, mais elle reflète aussi la réalité économique actuelle : l'IA est le seul moteur capable de soutenir les profits et les valorisations à ce niveau.
Les stratèges de Goldman Sachs intègrent cette étroitesse dans leur baromètre d'entrée en bourse. Ils observent que les conditions se sont légèrement assouplies, se situant désormais légèrement en dessous de la moyenne historique. Ce n'est plus le temps de la spéculation pure où tout montait. C'est un marché où la qualité fondamentale de l'entreprise prime désormais sur la simple exposition sectorielle, imposant une discipline accrue aux investisseurs.

Les prévisions pour 2027
Pour 2027, la banque d'affaires projette 600 milliards de dollars d'émissions d'actions. Cette estimation inclut 175 milliards de dollars d'introductions en bourse, soit 0,8% de la capitalisation boursière américaine. Ce niveau se situe dans la moyenne des dix dernières années, ce qui rassure sur la soutenabilité de l'offre. Le marché n'est pas en surchauffe pathologique, il est en phase d'expansion normale, absorbant les besoins de financement de l'économie.
Goldman Sachs estime que la demande continuera de soutenir l'offre, même si les taux restent élevés. Les entreprises technologiques, en particulier, ont besoin de financer leurs infrastructures de données et leurs centres de calcul à grande échelle. Cette vague d'émissions est donc structurelle, pas conjoncturelle. Elle reflète les besoins réels de l'économie numérique, pas une simple spéculation de court terme.
Le risque principal reste la volatilité des taux d'intérêt. Si la Fed maintient sa politique restrictive plus longtemps que prévu, le coût du capital pourrait décourager de nouvelles émissions. Mais pour l'instant, la demande est là, et le marché absorbe. La tendance haussière reste intacte, même si elle est plus sélective et plus exigeante qu'en 2021, où la liquidité abondante masquait les faiblesses.

Ce que cela signifie pour les investisseurs
Pour l'investisseur particulier, cette vague d'émissions offre des opportunités, mais aussi des risques. Les IPO de qualité peuvent être des investissements solides, mais il faut sélectionner avec soin. Les entreprises qui lèvent des fonds pour financer leur croissance sont intéressantes, mais celles qui lèvent pour rembourser leur dette sont plus risquées. La distinction entre les deux est cruciale et nécessite une analyse approfondie des bilans.
La concentration du marché sur quelques valeurs technologiques signifie que la diversification est essentielle. Ne pas tout miser sur l'IA, mais chercher des expositions à des entreprises solides dans d'autres secteurs. Le marché américain reste attractif, mais il faut être plus discipliné qu'en 2021. La surchauffe des IPO est une réalité, mais elle n'est pas une bulle. C'est un marché en mutation, porté par la technologie et la demande mondiale.
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