Au Mondial de l'Auto 2026, le chef de l'État a pris le volant de la nouvelle Deudeuche. Un geste symbolique pour une voiture à 15 000 euros qui doit concurrencer les Chinois.
Emmanuel Macron n’est pas un homme de petites attentions. Pourtant, au cours de l’inauguration du Mondial de l’Auto de Paris, il s’est arrêté, souriant, devant le stand de Citroën. Il a pris place au volant de la nouvelle 2CV électrique, prototype qui trônait au milieu d’un décor très soigné. Les caméras ont tout capté. Le président a salué les équipes de design, félicitant leur travail sur la restitution des détails du modèle mythique des années 1950. C’est un coup d’envoi hautement symbolique pour la 91e édition du salon.
Ce moment n’est pas anodin. Il intervient alors que le secteur automobile français tente de se réindustrialiser dans le domaine de la mobilité électrique. Face à l’offensive massive des constructeurs chinois, qui inondent le marché de véhicules abordables, la France mise sur l’émotion et la réindustrialisation locale. La nouvelle 2CV, avec son prix cible de 15 000 euros, est l’arme de choix pour cette bataille. Le président l’a compris, et il a porté l’icône dans son giron.
Une nostalgie très calculée
La 2CV n’est pas seulement une voiture. C’est un symbole national, presque un bien commun. Les designers de Citroën l’ont bien compris. Ils ont repris la silhouette ronde, les projecteurs détachés de la carrosserie, et même la taille, qui reste proche des 3,76 mètres de l’originale. C’est une copie conforme, mais électrique. La base du pare-brise affiche les chiffres 48, 90 et 26, en référence à la première présentation en 1948, la fin de production en 1990 et le retour en 2026. Chaque détail est un clin d’œil.
Le klaxon est le même. Le levier de vitesses automatique reprend la forme de celui du modèle thermique. Un générateur sonore reproduit la sonorité iconique du moteur d’origine. Les rangements sont même moulés pour accueillir des œufs, comme le voulait Pierre-Jules Boulanger à la fin des années 1930. C’est une leçon d’histoire automobile empaquetée dans un châssis moderne. Cette attention aux détails du passé est la clé de la stratégie de la marque.

L’intrusion de la bande dessinée
Pour ne pas rester dans le simple pastiche, Citroën a osé. L’interface graphique du tableau de bord, qui accueille un écran carré de huit pouces, a été façonnée par le dessinateur français Jean-Luc Delvaux. Résultat : l’ambiance est celle d’une bande dessinée. Le GPS, les appels téléphoniques, tout est traité avec cette esthétique graphique distinctive. C’est une rupture avec la sobriété habituelle des écrans automobiles. Cela donne du caractère, de la personnalité, et une touche de culture francophone qui se fait rare dans l’automobile mondiale.
La voiture sera disponible dans une seule couleur, baptisée « Rouge Infra Red ». C’est un choix radical, qui renforce l’identité du modèle. Une table de pique-nique amovible est même proposée à la place de la console centrale. Cette modernité, un peu ludique, contraste avec le sérieux de la mission économique. Mais c’est peut-être ce qui rendra la voiture désirable pour une clientèle jeune, qui cherche du style autant que de la praticité. La 2CV de 2026 ne sera pas une voiture pour les grands-parents, mais pour ceux qui les ont.

Le défi chinois
La raison d’être de cette 2CV électrique est claire : concurrencer l’offensive chinoise. Les constructeurs d’Asie du Sud-Est proposent des véhicules électriques abordables, souvent de qualité correcte, qui grignotent des parts de marché. La France ne peut pas les laisser faire. La 2CV doit être fabriquée intégralement en Europe, ce qui est un argument de poids pour la politique de réindustrialisation. L’objectif est de rendre l’électrique accessible sans sacrifier l’identité locale.
L’autonomie sera de l’ordre de 200 kilomètres. Ce n’est pas énorme, mais pour une citadine à 15 000 euros, c’est suffisant pour la majorité des usages urbains. Le prix de lancement est la vraie révolution. À 15 000 euros, la 2CV électrique s’attaque directement aux modèles chinois qui dominent cette tranche de prix. C’est une réponse directe, avec une marque qui a le poids historique pour la soutenir. Le soutien de l’Élysée vient de confirmer cette volonté politique.

Un horizon 2028
La nouvelle 2CV est attendue sur les routes françaises pour 2028. Il faudra donc encore patienter deux ans. Mais le prototype présenté au Mondial de l’Auto de Paris, qui se tient du 12 au 18 octobre, est déjà là. Il a séduit le président, il a séduit les journalistes, et il séduira probablement le public. La 2CV électrique n’est pas qu’une voiture, c’est un pari sur l’avenir de l’automobile française. Un pari qui sent bon le moteur d’antan, mais qui roule sur l’électricité de demain.
