Trois soldats de l'armée libanaise, dont un général de brigade, ont été tués dans le sud du Liban. Dans un communiqué publié après leur mort, l'armée libanaise a dénoncé la persistance d'une agression brutale, délibérée et répétée contre le Liban, son peuple et son armée. Ces pertes interviennent alors que la troupe libanaise se dit elle-même visée par les raids israéliens le long de la frontière sud.
L'armée israélienne, de son côté, a réagi en évoquant des incidents en cours d'examen. Elle a affirmé ne vouloir viser que le Hezbollah, et non l'armée libanaise. Cette version contraste avec le communiqué de Beyrouth, qui présente au contraire ses soldats comme directement touchés par les frappes, et illustre le fossé entre les récits des deux camps sur ce qui se joue dans la zone.
Sur le terrain, l'armée israélienne et l'armée libanaise ne coopèrent pas mais sont censées se coordonner. Cette coordination passe notamment par la création de zones pilotes placées sous le contrôle de l'armée libanaise, un dispositif décidé à l'issue de négociations menées mercredi à Washington. Pour l'instant, ses effets concrets sur le terrain restent très limités.
À ce jour, un seul village a changé de mains dans ce cadre. L'armée israélienne s'est retirée du village de Debin pour laisser place à l'armée libanaise. Ce retrait ponctuel illustre la lenteur d'un processus censé permettre aux forces libanaises de reprendre progressivement le contrôle du sud du pays.
Pour comprendre la situation, il faut rappeler que le Hezbollah a longtemps maintenu une emprise militaire et politique sur le sud du Liban. L'armée libanaise et la force de l'ONU n'y avaient qu'une présence symbolique. C'est ce rapport de force qui se trouve aujourd'hui au cœur des efforts pour reprendre la main sur la zone frontalière, dans un contexte particulièrement tendu.
Après le cessez-le-feu de novembre 2024, conclu avec l'accord du Hezbollah, le désarmement du mouvement chiite avait été entamé par l'armée libanaise, mais de manière jugée insuffisante. En frappant le territoire israélien début mars, le Hezbollah a relancé les hostilités. Cela a provoqué le retour des forces israéliennes en territoire libanais, où le mouvement a rapidement regroupé hommes et armements.
L'armée libanaise, même si elle le souhaitait, ne serait pas en mesure de désarmer le Hezbollah par la force à l'heure actuelle. Le mouvement dispose en effet d'un armement dont l'armée ne dispose pas. À cela s'ajoute la réticence des États-Unis à équiper sérieusement l'armée libanaise, de peur qu'elle n'utilise un jour ces armes contre Israël.
