Jordan Firstman, 35 ans, fait sensation à Cannes et sort enfin son premier long métrage en France ce 4 novembre. Une comédie gay, pétillante et ambitieuse, qui change la donne pour le cinéma queer.
C'est à 15 heures, dans la pénombre feutrée du Sunset Tower Hotel, que Jordan Firstman s'autorise son premier Aperol spritz de la journée. Cette heure est un purgatoire pour Hollywood, le moment où l'on brode des deals ou l'on admire les stars, mais c'est aussi là que le réalisateur de 35 ans se souvient d'un geste qui a tout changé. Il y a dix ans, Greg Berlanti, alors showrunner de « Dawson's Creek », l'avait invité au bar du même hôtel pour tracer la trajectoire de sa carrière naissante. À 25 ans, Firstman venait de vendre une série à Sundance TV, mais il avait déjà compris que l'industrie avait ses limites. Il se heurtait au refus du réseau de caster un acteur gay de 50 ans, jugé « pas assez célèbre » pour justifier le budget. Un obstacle qui, selon lui, masquait une homophobie de façade, ce qui l'a conduit à menacer de se retirer. La chaîne a renoncé, et le projet a sombré dans les méandres de la restructuration d'HBO Max.
Mais les temps ont changé, et d'une manière spectaculaire. Jordan Firstman ne ressemble pas au cinéaste classique qui explose aux Oscars. Son allure décontractée, entre jeans larges et lunettes Oakley, évoque plutôt les créateurs de Silver Lake, quartier où il incarne un styliste dans la série « I Love L.A. » d'HBO. Cette image d'« Internet Gay », nourrie par plus d'un million d'abonnés, l'a propulsé dans une sphère où la viralité se mêle à l'art. En mai, il a pourtant fait taire les doutes en conquis la Croisette avec « Club Kid », son premier long métrage en tant que scénariste-réalisateur et sa première incursion en tant qu'acteur principal. Ce film, décrit par Variety comme une pièce de charme digne des Oscars, sort enfin dans les salles françaises ce 4 novembre, marquant une étape décisive pour le cinéma queer indépendant.
Une carrière forgée dans la résistance
La trajectoire de Firstman est celle d'un créateur qui n'a jamais accepté de se plier aux injonctions du marché. Son court métrage « Call Your Father », qui racontait une histoire d'amour intergénérationnelle, a servi de sésame, mais aussi de révélateur des travers de l'industrie. Le réalisateur se souvient avec amertume de la réaction des studios, qui préféraient un profil « inconnu » plutôt qu'un acteur confirmé pour des raisons purement commerciales. Cette expérience l'a durci, l'amenant à adopter une posture de défiance face à une industrie qui, selon lui, ne voulait pas voir un visage gay mature à l'écran. Ce refus a finalement libéré sa créativité, le poussant à développer une œuvre plus personnelle, plus radicale.
Aujourd'hui, cette même énergie se retrouve dans « Club Kid ». Le film est une comédie vibrante qui s'adresse à un public large tout en restant ancrée dans la culture gay. Firstman y incarne un personnage qui navigue entre les codes de la nuit et les attentes de la société, avec une légèreté qui cache une profondeur émotionnelle. Sa capacité à mélanger l'humour et la gravité, héritée de son expérience dans les séries télévisées, lui permet de créer un ton unique. C'est une œuvre qui ne cherche pas à faire consensus, mais à affirmer une identité, une manière de voir le monde qui est propre à sa génération de créateurs.

« Club Kid », une comédie qui change la donne
Sorti en France le 4 novembre 2026, « Club Kid » est bien plus qu'une simple comédie. C'est un film qui réinvente les codes du drame sentimental en y injectant une dose massive de fun et de modernité. La critique américaine l'a qualifié de « crowdpleaser » digne des plus grandes productions, un compliment rare pour un film indépendant. Le succès du film à Cannes a surpris plus d'un, car il démontre que le public est prêt à accueillir des récits queer qui ne sont pas tragiques ou dépressifs, mais joyeux et affirmés. C'est une victoire pour une représentation qui a longtemps été cantonnée aux rôles de victimes ou de marginaux.
Le film se distingue également par sa mise en scène audacieuse et sa direction d'acteurs maîtrisée. Firstman, qui joue aussi un rôle principal, montre une assurance remarquable, prouvant qu'il peut passer derrière et devant la caméra avec la même aisance. Cette double casquette est un pari risqué, mais il le relève avec brio. « Club Kid » est une œuvre qui respire la liberté, celle d'un créateur qui a enfin trouvé sa voix. Sa sortie en France est attendue avec impatience, car elle s'inscrit dans une vague de films indépendants qui redonnent du souffle au cinéma d'auteur.

L'impact d'un réalisateur « Internet Gay »
Le terme « Internet Gay » n'est pas un simple surnom, c'est une identité assumée. Jordan Firstman a su transformer sa présence en ligne en un outil de promotion et de création. Avec plus d'un million de followers, il a construit une communauté qui se sent représentée par son travail. Cette proximité avec le public, rare chez les cinéastes, lui a permis de financer et de promouvoir ses projets de manière autonome. C'est un modèle nouveau, où l'influence numérique devient un levier de pouvoir créatif, échappant aux circuits traditionnels de la distribution.
Cette dynamique est visible dans sa série « I Love L.A. », où il joue un rôle clé à côté de Rachel Sennott. Le personnage de styliste qu'il incarne est une figure de la culture queer de Los Angeles, un monde que Firstman connaît intimement. Cette immersion dans le quotidien de la communauté gay lui permet de créer des personnages crédibles et attachants. Il ne se contente pas de représenter, il vit cette culture, ce qui se traduit dans ses films par une authenticité palpable. C'est une manière de faire du cinéma qui brouille les frontières entre le réel et le fictionnel, entre le créateur et son public.

Une sortie française attendue
Le 4 novembre 2026 marque donc une date importante pour le cinéma français, non pas seulement par la sortie de « Club Kid », mais par le signal qu'elle envoie. C'est la preuve que les films indépendants, même venus d'ailleurs, peuvent trouver leur public dans l'Hexagone. La distribution de ce type de projet reste un défi, mais le succès de Firstman montre qu'il y a une demande. Les spectateurs français, souvent passionnés par le cinéma d'auteur, ont tout à gagner à découvrir cette œuvre pétillante et engagée. C'est une opportunité de voir un cinéma différent, plus libre, plus joyeux.
Avec « Club Kid », Jordan Firstman confirme son statut de figure montante de l'industrie cinémat mondiale. Il est un exemple de réussite pour une génération de créateurs qui refuse de se définir par leurs limites. Son parcours, de la frustration de Sundance TV à la gloire de Cannes, est une leçon de persévérance et de confiance en soi. En France, son film arrive au moment où le cinéma cherche à se réinventer, et il apporte une réponse fraîche et contemporaine. C'est une sortie à ne pas manquer, pour ceux qui aiment les histoires vraies, même quand elles sont racontées avec humour et légèreté.
Questions fréquentes

Keep subscribing to Inès VincentHer next filing reaches you the moment it publishes, on her own subdomain.
Subscribe
