À Erbray, en Loire-Atlantique, une fouille de l'Inrap au hameau des Landelles a mis au jour un village de potiers actif du 13e au 19e siècle. Un four bâti avec ses propres pots et un petit trésor de monnaies de Charles VI racontent le quotidien d'artisans longtemps restés dans l'ombre.
Il y a des lieux qui semblent n'avoir jamais eu d'histoire, parce que celle qu'ils portent est faite de gestes modestes plutôt que de grandes batailles. Le hameau des Landelles, sur la commune d'Erbray en Loire-Atlantique, appartient à ces endroits discrets. Sous ses champs, la terre gardait pourtant le souvenir d'un village entier de potiers, resté longtemps invisible dans les livres d'histoire.
Un hameau voué à la terre
Les Landelles ne doivent rien au hasard. Le hameau est installé sur une zone géologique riche en argile, cette matière première que les potiers recherchaient avant tout. Là où le sol offrait une argile facile à extraire et à travailler, un savoir-faire pouvait s'installer et se transmettre de génération en génération. C'est exactement ce qui s'est produit ici, sur plusieurs siècles.
Une fouille avant les travaux
La découverte est née d'une fouille préventive menée par l'Inrap, l'Institut national de recherches archéologiques préventives, avant un projet d'aménagement dans la commune. Sous la direction de l'archéologue Patrick Bellanger, et sur prescription du service régional de l'archéologie de la Drac des Pays de la Loire, les équipes ont exploré une surface d'environ mille quinze mètres carrés à l'automne 2021.
Six siècles de production
Le résultat, dont les conclusions ont été rendues publiques à la fin de l'été 2026, dépasse les attentes. Les archéologues ont pu documenter une activité potière qui s'étend du treizième siècle jusqu'au début du dix-neuvième, soit près de six cents ans de continuité. Les archives écrites, elles, ne mentionnent ce village de potiers qu'à partir du début du seizième siècle, bien après ses véritables débuts.
L'argile, une ressource locale
La fouille n'a pas seulement livré des poteries, mais tout un paysage de travail. Les archéologues ont repéré des fosses d'extraction d'argile, des fossés de drainage pour évacuer l'eau, des trous de poteau et les traces d'un mur pignon. Cet ensemble dessine un atelier organisé, où l'on tirait la matière du sol tout près de l'endroit où on la transformait, sans jamais avoir à la transporter loin.
Le geste du potier

Derrière ces vestiges, il faut imaginer le geste, répété des milliers de fois. La motte d'argile posée sur le tour, les mains qui la centrent, la pression des doigts qui ouvre le vase et fait monter la paroi. À Erbray, ce mouvement a rythmé le quotidien de familles entières, dans une région où la poterie était un métier ordinaire mais indispensable à la vie de tous les jours.
Un four bâti avec ses propres pots
L'une des trouvailles les plus étonnantes concerne les fours de cuisson. Parmi les fragments, les archéologues ont recueilli des morceaux de parois de four portant l'empreinte de pots. Selon l'Inrap, ces éléments pourraient provenir d'une voûte de four constituée de pots assemblés : autrement dit, un four en partie construit avec la marchandise elle-même, réemployée quand elle était ratée ou invendable.
Cruches, mortiers et tirelires
Le répertoire des formes retrouvées raconte une production tournée vers la maison et la table. On y compte des cruches, des assiettes, des poêlons, des mortiers, des gobelets et même deux tirelires en terre cuite. La pâte, décrite comme beige rosé, grossière et riche en inclusions de quartz, trahit une argile locale peu raffinée, faite pour des objets solides et bon marché plutôt que pour le luxe.
Un trésor sous l'atelier
Au cœur des couches les plus anciennes, une découverte a surpris les fouilleurs : un petit dépôt de treize monnaies, glissées dans une bourse en tissu et enfouies dès la première phase d'occupation du site. Ces pièces, en billon, un alliage d'argent et de cuivre, portent le nom du roi Charles VI et remontent à la fin du quatorzième siècle, à une époque troublée du royaume de France.
Le musée et les numismates
Pour ces artisans, la somme n'était pas anodine : elle représentait l'équivalent de plusieurs semaines du salaire d'un manouvrier, c'est-à-dire d'un travailleur payé à la journée. L'étude de ce petit pécule a été confiée aux numismates de l'Inrap et au musée Dobrée, à Nantes, qui ont pu identifier les pièces et confirmer leur datation ainsi que leur valeur pour l'époque.
La longue histoire d'un métier
Les vestiges se lisent comme un feuilleton en plusieurs actes. Un habitat associé à l'atelier apparaît dès les treizième et quatorzième siècles, suivi d'un ralentissement au milieu du quinzième. Puis une grande fosse à rebuts, une tessonnière remplie de tessons cassés, marque la fin du quinzième et le début du seizième siècle, avant que la production ne s'éteigne enfin au début du dix-neuvième.
Des voix que l'on entend peu
Ce sont précisément ces existences discrètes qui m'intéressent : celles des artisans anonymes qui n'ont laissé ni portrait, ni mémoire écrite, mais dont les mains ont façonné les objets d'un pays entier. Un village de potiers comme Erbray donne enfin une épaisseur à ces vies, en montrant comment on travaillait, ce que l'on produisait et le peu que l'on possédait.
Ce que révèle un village de potiers
En reconstituant six siècles d'une industrie modeste, la fouille d'Erbray rappelle que le patrimoine ne se limite pas aux cathédrales et aux châteaux. Il vit aussi dans un tesson de cruche, dans l'empreinte d'un pot sur la paroi d'un four, dans une bourse oubliée sous un atelier. Autant de traces fragiles qui, mises bout à bout, redonnent la parole à ceux que l'histoire officielle avait laissés de côté.

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