La découverte d'un anneau gravé du Phare d'Alexandrie dans le port englouti de Cléopatra offre une vision inédite de cette merveille disparue depuis des siècles.
Le Phare d'Alexandrie n'existe plus physiquement depuis sept siècles, mais son image vient de refaire surface, non pas dans un livre d'histoire ou sur une pièce de monnaie, mais sur un anneau en bronze retrouvé au fond de la mer. Cette trouvaille, annoncée récemment par les autorités égyptiennes, constitue une première absolue dans l'archéologie sous-marine. Elle offre un témoignage matériel direct d'une des sept merveilles du monde antique, disparue suite aux tremblements de terre de 1303 et 1323. Ce petit objet métallique, gravé avec précision, devient soudainement la référence la plus intime et la plus personnelle que nous ayons jamais eue sur l'apparence exacte de cette tour gigantesque qui guidait les marins depuis plus de seize siècles.
L'annonce a été faite par Hisham El-Leithy, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités, lors d'une visite officielle du ministre du Tourisme et des Antiquités, Sherif Fathy, sur les sites de fouilles. L'anneau a été localisé quelques jours avant cette visite, sur l'île royale d'Antirhodos. Ce lieu, aujourd'hui immergé à quelques mètres de profondeur, faisait partie du Portus Magnus, le grand port royal d'Alexandrie. La précision de la découverte et sa localisation dans une zone palatiale suggèrent que cet objet n'était pas un simple souvenir de voyage, mais un accessoire de pouvoir ou de statut, utilisé par quelqu'un qui comptait dans la cité pharaonique.
Une signature gravée dans le bronze
Les anneaux de sceau de l'Antiquité servaient de signature personnelle, une fonction analogue à nos tampons de cire actuels. Le propriétaire de cet anneau pressait la face gravée dans la cire ou l'argile douce pour sceller des lettres, valider des documents officiels ou même fermer les amphores contenant le vin ou l'huile d'olive. Le fait que l'image du Phare y soit inscrite indique que le port et sa tour étaient des symboles de légitimité et de richesse pour son porteur. Hisham El-Leithy souligne que cette gravure rappelle les représentations déjà connues sur certaines pièces de monnaie du deuxième siècle après J.-C., confirmant ainsi la continuité iconographique de la tour à travers les siècles, bien après la fin de l'époque ptolemaïque.
Ce que les scientifiques appellent une « première » est ici double. Non seulement c'est la première fois que le Phare est trouvé gravé sur un anneau, mais c'est aussi une preuve tangibles que l'image de cette structure restait vivante dans l'esprit des Alexandrins bien après sa construction. Alors que la tour s'est effondrée lentement sous les coups des séismes, son empreinte visuelle, elle, a survécu dans la mémoire collective et dans les objets du quotidien des élites. Cet anneau est donc bien plus qu'un bijou, c'est un fragment de l'identité urbaine d'Alexandrie, une pièce de puzzle qui manquait à notre compréhension de la symbolique antique.

L'île des rois sous les flots
L'île d'Antirhodos, où l'anneau a été découvert, occupait une position stratégique dans le Portus Magnus. Ce port, décrit par le géographe grec Strabon au premier siècle avant J.-C., était un havre artificiel, creusé à la main et dissimulé à la vue des marins approchant, ce qui en faisait un lieu à la fois défensif et prestigieux. Borné par le cap Lochias d'un côté et l'île de Pharos de l'autre, ce secteur abritait les palais royaux et les installations administratives de la ville. La présence de vestiges royaux dans cette zone confirme l'importance politique du secteur, bien au-delà de sa simple fonction commerciale. Le Phare, situé sur l'île voisine de Pharos, servait de point de repère lumineux, mais aussi de symbole de la puissance des Ptolémées.
La mission conjointe de l'Institut européen d'archéologie sous-marine (IEASM) et de l'Administration générale des antiquités sous-marines égyptiennes continue d'explorer ces zones immergées. Chaque objet remonté du fond de la mer réécrit un peu plus l'histoire d'Alexandrie. Alors que la tour elle-même n'est plus qu'une légende géologique, ces artefacts matériels, comme cet anneau en bronze, nous permettent de toucher du doigt la réalité de la vie quotidienne dans cette métropole de l'Antiquité. Nous ne cherchons plus seulement des ruines, mais des traces de la culture matérielle d'une civilisation qui a façonné notre monde moderne.

L'ombre des séismes
Il faut se rappeler que le Phare d'Alexandrie a connu une fin tragique, marquée par une série de catastrophes naturelles. Les tremblements de terre de 1303 et surtout de 1323 ont porté les coups de grâce à une structure déjà affaiblie par le temps et les guerres. Pendant seize siècles, cette tour a veillé sur les navires, guidant les marchands et les soldats vers la cité. Sa chute a transformé le paysage maritime de la région, mais aussi la mémoire visuelle des habitants. Le fait que son image persiste sur un anneau, daté probablement de la période romaine ou byzantine, montre que la perte physique de la tour n'a pas effacé son importance symbolique. La mémoire d'Alexandrie est faite de ces fragments survivants qui résistent à l'effondrement des monuments.
Cette découverte s'inscrit dans une série de trouvailles récentes dans le port oriental d'Alexandrie. Les archéologues continuent de remonter des objets qui témoignent de la prospérité et de la richesse de la ville au cœur de l'Antiquité. L'anneau du Phare vient rejoindre une collection de pièces monétaires, de statuettes et de fragments d'architecture qui composent peu à peu une image complète de la vie dans le port. C'est une histoire qui se reconstruit fragment par fragment, sous les vagues, loin du tumulte des fouilles terrestres. Chaque objet est une voix qui parle du passé, et cet anneau, avec sa gravure délicate, est l'une des plus claires que nous ayons jamais entendue.

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