Dans le sud du Liban, le château de Beaufort, une ancienne citadelle croisée perchée sur une colline, est aujourd'hui occupé par l'armée israélienne. Selon un responsable du patrimoine, le site avait été réhabilité après le retrait israélien de 2000, grâce à un prêt international, et était devenu un lieu touristique où un petit musée devait même voir le jour. Sa réoccupation militaire fait désormais craindre pour son avenir.
Les inquiétudes se sont accrues après des informations diffusées sur les réseaux sociaux israéliens, affirmant que des fortifications datant de l'époque du Hezbollah auraient été découvertes autour de Beaufort. Le responsable a fermement contesté cette version, assurant que le château était placé sous le contrôle du ministère libanais de la Culture et qu'il ne s'y trouvait aucune arme. Sa crainte, a-t-il dit, est que l'armée fasse exploser tout ce qui entoure le site.
Face à ces menaces, le Liban s'appuie sur un cadre international. Plusieurs de ces sites ont été inscrits sur la liste de protection renforcée du deuxième protocole de la Convention de La Haye de 1954, le texte consacré à la protection des biens culturels en période de conflit armé. Cette inscription vise à offrir aux monuments un statut juridique particulier au moment où les combats se rapprochent d'eux.
À partir de l'automne 2024, les autorités ont mené, selon le responsable, un véritable forcing pour faire inscrire 73 biens culturels libanais sur cette liste de protection renforcée. À l'échelle mondiale, seuls 174 biens bénéficient de ce statut, ce qui donne la mesure de la part désormais occupée par le Liban. L'objectif affiché est de mieux documenter et de mieux défendre ce patrimoine.
Concrètement, l'inscription ouvre deux possibilités. La première est un suivi par photographies satellites, assuré par une unité spécialisée de l'UNESCO, qui permet de savoir précisément ce qui se passe sur des sites devenus inaccessibles. Comme les équipes libanaises ne peuvent plus s'y rendre, a expliqué le responsable, cette surveillance à distance est devenue une aide précieuse pour suivre l'état réel des monuments.
La seconde possibilité est d'ordre judiciaire. En théorie, a souligné le responsable, la Convention de La Haye autorise un État à saisir des instances internationales, comme la Cour internationale, s'il parvient à prouver qu'une agression directe et volontaire a été commise contre un bien protégé. Cela suppose toutefois de réunir des preuves solides, ce que la surveillance satellitaire peut précisément contribuer à fournir.
D'autres sites sont déjà partiellement détruits. Le responsable a cité la citadelle de Chamaa, en partie détruite dès 2024, ainsi qu'un couvent à Yaroun et la mosquée d'Alcantara, endommagés tantôt par des bombardements, tantôt au bulldozer, comme le confirment des images vérifiées. À Chamaa, a-t-il ajouté, un archéologue israélien qui menait des fouilles a été tué sur place, alors que la Convention de La Haye interdit formellement à une puissance occupante d'y mener des recherches archéologiques.
