En France, l'aide sociale à l'enfance souffre d'une image qui colle à la peau des jeunes qu'elle est censée protéger. Quand on tape ces mots dans un moteur de recherche, les premiers résultats parlent de prostitution, de drogue et de narcotrafic, rien qui donnerait envie, même à des professionnels, de s'engager dans ce secteur. Les jeunes passés par les foyers sont souvent associés à la délinquance, alors qu'un placement est avant tout une mesure de protection.
C'est contre cette image que se bat Hamza Ben Satem, lui-même ancien enfant placé. Ballotté de famille d'accueil en foyer durant son enfance, il est aujourd'hui professionnel dans le management de la santé et partage son temps entre Paris et Marseille. Désormais, il accompagne les jeunes de l'aide sociale à l'enfance avant la déroute, à un moment où l'on parle trop souvent d'eux une fois seulement que tout a déjà explosé.
Son engagement l'a conduit jusqu'à Santexpo, présenté comme le plus gros salon du secteur de la santé en France. Monté de Marseille, il y a témoigné devant des équipes d'hospitaliers venues de tout le pays pour défendre la cause des enfants confiés à la protection de l'enfance. Son message visait à rappeler que ces jeunes sont d'abord des patients, et non des cas de délinquance.
Pour lui, un déclic personnel a tout changé. Ce qui lui a permis de se poser, vers 13 ou 14 ans, c'est qu'on lui a enfin demandé ce que lui, Hamza, voulait vraiment. Cette simple question, raconte-t-il, a fait la différence à un âge où il se sentait surtout livré à lui-même.
Sur le terrain de la santé, les problèmes commencent à être identifiés, notamment les ruptures de soins et les retards de diagnostic. Selon lui, l'état de santé de ces jeunes est dramatique. Il décrit un mal-être profond, un sentiment de ne pas être écouté et une distance importante entre l'enfant et le professionnel, qui aboutit à des jeunes déshumanisés, entretenant un rapport catastrophique avec leur propre corps.
Derrière ces parcours individuels se cache un système sous tension. On compte aujourd'hui plus de 220 000 enfants placés en France, pour un budget de près de 10 milliards d'euros par an. Mais les familles d'accueil manquent, les foyers sont saturés et le recrutement traverse une véritable crise, ce qui fragilise l'ensemble du dispositif.
Le parcours d'Hamza illustre la complexité de ces situations. Il a été placé parce que sa mère, seule pour élever six enfants, a été frappée par une maladie chronique et n'a plus pu s'occuper d'eux. Enfant, il multipliait les crises de colère et se montrait très violent à l'école, sans que personne ne voie sa souffrance. C'est pourtant à Marseille, la ville où il a grandi et qu'il dit aimer plus que tout, qu'il revient aujourd'hui pour accompagner d'autres jeunes.
