La sardinelle ronde, surnommée le yaboy au Sénégal, voit ses stocks tomber à un niveau jugé très bas par les spécialistes de la pêche. Ce petit poisson pélagique, reconnaissable à ses nombreuses arêtes, a longtemps été un pilier de l'alimentation en Afrique de l'Ouest. Sa raréfaction progressive est désormais présentée comme un indicateur particulièrement inquiétant pour toute la région.
Jusqu'à il y a environ trois ans, la sardinelle ronde constituait la principale source de protéines pour les populations du Sahel. Cette ressource ne nourrissait pas seulement le Sénégal et la Mauritanie, mais aussi des pays enclavés comme le Mali et le Burkina Faso. Des filières d'exportation acheminaient le poisson séché ou transformé localement jusque dans ces zones éloignées de la côte.
Sur le plan écologique, la sardinelle ronde appartient à la famille des petits poissons pélagiques, considérés comme des espèces clés de l'écosystème marin. Elles se nourrissent de plancton, dont la production est particulièrement abondante au large de ces côtes. Ce sont les vents alizés et un climat particulier qui entretiennent cette forte production de plancton.
Grâce à cette richesse, ces petits poissons se reproduisent en très grand nombre. Leur abondance profite directement aux pêcheurs, mais aussi à de nombreuses espèces prédatrices. Parmi elles figure le mérou, l'un des poissons les plus prisés au Sénégal, qui se nourrit de ces proies et se multiplie à son tour grâce à elles.
C'est précisément cette position dans la chaîne alimentaire qui rend la situation préoccupante. La sardinelle ronde se trouve à la base de l'écosystème, au cœur de la chaîne alimentaire selon les spécialistes. Réduire fortement ces populations revient donc à fragiliser l'ensemble de l'édifice, des grands prédateurs marins jusqu'aux communautés humaines qui en dépendent.
La valeur nutritionnelle de ce poisson explique aussi son importance. La sardinelle ronde offre des protéines d'une qualité particulièrement intéressante, riches en oméga-3, réputés très bénéfiques pour la santé. Pour les populations du Sahel, elle représentait donc un apport nutritionnel difficile à remplacer au quotidien.
Ce sont ces mêmes qualités qui attisent aujourd'hui la pression sur l'espèce. Très recherchée, la sardinelle ronde est largement captée pour être transformée en farine de poisson. Cette demande pèse lourdement sur une ressource déjà fragilisée, au point que les stocks sont désormais décrits comme très bas par ceux qui suivent de près la filière.
