Une etude menee entre 2014 et 2016 revele un constat alarmant pour la sante publique francaise: pres de la moitie de la population depasse les doses maximales de concentration de cadmium dans ses urines. Ce metal lourd, classe comme cancerigene, s'infiltre dans l'organisme des Francais principalement par l'alimentation quotidienne, a travers des produits aussi courants que les cereales du petit-dejeuner, les pates, le riz, les pommes de terre, les epinards et le chocolat.
La contamination trouve son origine dans l'epandage d'engrais mineraux phosphates sur les terres agricoles. Ces engrais, importes pour l'essentiel d'Afrique du Nord et principalement du Maroc, sont fabriques a partir de roches presentant des teneurs naturellement elevees en cadmium. Le metal penetre ensuite dans les vegetaux par les racines et contamine l'ensemble de la chaine alimentaire, des champs jusqu'aux assiettes des consommateurs.
L'Agence nationale de securite sanitaire souligne dans ses rapports que les effets nefastes a long terme du cadmium sont probables pour une part croissante de la population si aucune mesure n'est mise en place. La liste des consequences sanitaires est particulierement preoccupante: risques cancerrigenes pour le pancreas, la vessie, la prostate et le sein, effets mutagenes, toxicite pour la reproduction, atteintes renales pouvant evoluer vers une insuffisance renale et fragilite osseuse augmentant le risque d'osteoporose.
Le cancer du pancreas fait l'objet d'une attention particuliere car il est l'un des cancers les plus mortels et connait une augmentation significative en France depuis 2010. Les chiffres sont eloquents: plus 1,6 pourcent de cas par an chez les hommes et plus 2,1 pourcent par an chez les femmes, soit une progression deux a trois fois plus rapide que dans les autres pays europeens, un ecart que les scientifiques attribuent directement a l'exposition au cadmium.
La reglementation francaise actuelle est pointee du doigt pour son laxisme. Le seuil maximal de cadmium autorise dans les engrais en France est fixe a 90 milligrammes par kilogramme, alors que l'Union europeenne fixe la limite a 60 milligrammes et que l'ANSES recommande un plafond de seulement 20 milligrammes. Cet ecart considerable entre les normes francaises et les recommandations scientifiques est au coeur de la controverse.
Face a cette situation, les deputes Benoit Biteau et Clementine Autain ont depose une proposition de loi a l'Assemblee nationale prevoyant un abaissement progressif des seuils reglementaires. Le texte propose de passer a 40 milligrammes de cadmium par kilogramme d'engrais des l'an prochain, avant d'atteindre le seuil de 20 milligrammes preconise par l'ANSES a l'horizon 2030. Selon le depute Biteau, lui-meme agriculteur, le surcout pour les exploitations serait de seulement deux euros par hectare et par an.
La diversification des sources d'importation constitue l'une des pistes pour reduire les teneurs en cadmium, les roches phosphatees d'Afrique du Sud, de Finlande ou de Norvege en contenant naturellement beaucoup moins que celles du Maroc. Des traitements de decadmisation des roches sont egalement envisageables. Pour les porteurs du texte, le calcul entre le surcout agricole minimal et le cout humain et financier de ce scandale sanitaire silencieux ne laisse aucun doute sur la necessite d'agir sans delai.
