Un reportage de France 24 met en lumière l'ampleur de l'exposition des bébés aux pesticides en France. À Amiens, des chercheurs ont trouvé une alternative pour mesurer cette exposition: le méconium, c'est-à-dire les premières selles du nouveau-né juste après la naissance, qui permet d'observer ce à quoi le bébé a été exposé durant ses trois derniers mois in utero.
Dans la région, près de mille mamans ont accepté de participer à cette étude. À ce jour, 85% des méconiums analysés présentent au moins un des vingt pesticides recherchés. Cela signifie que ces substances ont franchi la barrière du placenta, via le cordon ombilical, et qu'elles atteignent le bébé, qui n'est donc pas protégé dans le ventre de sa mère.
Ces travaux sont menés par l'équipe Peritox, présentée comme la seule au monde à étudier la manière dont les environnements toxiques peuvent perturber les systèmes vitaux des nourrissons, de la préconception jusqu'au premier jour de vie. Pour cela, les chercheurs s'appuient sur un intestin humain artificiel qui reproduit l'écosystème microbien d'un nourrisson.
Ce système digestif est maintenu à trente-sept degrés, dans l'obscurité, et même les gaz y sont recréés. Un ordinateur le nourrit chaque jour au plus près de la réalité, à travers une alimentation classique comme un biberon ou du lait maternel. L'objectif est de reproduire le plus fidèlement possible ce que consomment les bébés au quotidien.
Comme la majorité des femmes enceintes et des nourrissons ont une alimentation contenant des pesticides, ce bébé in vitro reçoit lui aussi sa dose. Les chercheurs s'intéressent en particulier à l'effet cocktail, c'est-à-dire au mélange de plusieurs pesticides qui, combinés, peuvent amplifier dangereusement leur toxicité, parmi lesquels le chlorpyrifos, pourtant interdit, et le glyphosate.
Leurs recherches montrent que l'ingestion de pesticides, notamment pendant la grossesse, altère le microbiote intestinal, lui-même impliqué dans des maladies comme l'obésité, le diabète et le cancer. L'écosystème, équilibré au départ, se désorganise: les bonnes bactéries chutent au profit de bactéries potentiellement pathogènes, fragilisant l'organisme du nourrisson.
Malgré l'interdiction de nombreux pesticides et le développement de méthodes agricoles plus écologiques, la France reste le premier consommateur en Europe et le troisième au monde. Cette réalité alimente les inquiétudes des chercheurs comme des habitants, en particulier dans les zones rurales fortement exposées aux épandages agricoles.
Dans la région de La Rochelle, plusieurs villages ont découvert des clusters de cancers pédiatriques. À Loumaux, une commune de trois mille habitants, cinq cas ont été recensés au lieu des 1,8 estimés. Des forages y ont révélé la présence de produits phytosanitaires et de nitrates à forte dose à quatorze mètres de profondeur. Face à l'inertie de l'État, le maire a racheté vingt hectares pour les transformer de cultures intensives en prairies et en cultures maraîchères.
