La loi de programmation militaire, qui fixe la trajectoire budgétaire des armées, a connu un coup d'arrêt inattendu. Après être passée sans difficulté à l'Assemblée nationale, elle a buté au Sénat, où le texte s'est heurté à un vote défavorable. Ce revers prend une dimension d'autant plus forte qu'il porte sur l'élément central du dispositif.
À l'origine du blocage se trouve une initiative des sénateurs de droite. Un amendement déposé par les sénateurs Les Républicains réclamait une rallonge de 14 milliards d'euros. Cette demande visait à aller au-delà de ce que l'exécutif avait déjà prévu pour les armées.
L'effort budgétaire porté par le gouvernement était pourtant présenté comme conséquent. Sur les 400 milliards d'euros de l'ancienne loi de programmation militaire, le gouvernement prévoyait de porter l'effort à 36 milliards de plus. C'est ce surcroît de financement qui constituait la base de la nouvelle trajectoire défendue par l'exécutif.
Pour les sénateurs Les Républicains, cette hausse restait toutefois en deçà des besoins. Ils ont estimé que cela n'était pas assez et souhaitaient un budget de 50 milliards de plus. L'écart entre la position du gouvernement et celle de la droite sénatoriale a ainsi cristallisé le désaccord.
Le vote s'est joué à très peu de voix et dans des conditions particulières. À seulement cinq voix près, les sénateurs ont rejeté en bloc la loi dans son article le plus important, celui du budget global. Ce vote a eu lieu à minuit dans l'hémicycle, constituant un revers pour le gouvernement.
Face à cette demande de rallonge, la position du gouvernement était restée ferme. La ministre des Armées refusait cette rallonge de 50 milliards, en estimant que l'effort de 36 milliards était suffisant, mais aussi réaliste et soutenable. Pour l'exécutif, aller au-delà n'apparaissait pas tenable, d'autant que la France est déjà en procédure de déficit.
Du côté des armées, le cadrage budgétaire était déjà jugé serré. Les militaires avaient estimé que cet effort était taillé au plus juste, avec l'inflation et la hausse des coûts de l'énergie et des armements. Ils devront donc opérer des choix, en renonçant notamment à l'idée d'un agrandissement du format des armées, alors même que se pose la question de la montée en puissance du réarmement russe.
